La robotique humanoïde bascule dans l’ère de la location à la journée, et ça se joue en Chine. Plutôt que d’acheter un humanoïde qui coûte entre 19 000 et plus de 100 000 dollars, la location à la journée fait son chemin à grande vitesse. La preuve avec ces milliers de commandes de location enregistrées par AGIBOT et sa filiale SHAREBOT. De quoi donner le vertige, alors que l’achat d’une machine reste hors de portée pour beaucoup.
À Hangzhou, le streameur e-commerce Ai Lin loue son robot humanoïde 3 000 yuans (443 dollars) par jour. Les clients l’utilisent pour attirer la foule dans les expositions, jouer lors d’événements, ou même mettre en scène une demande en mariage. Ai Lin a acheté son premier robot 30 000 dollars en 2025, après avoir vu des humanoïdes performer au Gala du Festival du Printemps chinois. La location est devenue son modèle économique. « Le marché de la vente d’humanoïdes n’a pas vraiment décollé, car les robots d’aujourd’hui ne peuvent pas encore fonctionner seuls », explique-t-il.
Derrière cet exemple, il y a un vrai mouvement industriel. AGIBOT, l’un des principaux fabricants chinois de robots humanoïdes, a lancé en décembre 2025 une filiale de location baptisée SHAREBOT. Sur sa plateforme en ligne, les locations démarrent à 517 dollars par jour (3 500 yuans), expédition et opérateur humain compris. Car pour l’instant, on loue souvent une petite équipe de service plus qu’un travailleur totalement indépendant. En ses trois premiers mois, SHAREBOT a enregistré plus de 5 500 commandes.
La location se transforme même en placement. Zhao Xiaohong, investisseuse de 52 ans dans le Jiangsu, a acheté huit humanoïdes en 2025 pour les louer, parlant du « moyen le plus rapide de monétiser la technologie à court terme ». Les médias d’État dénombrent plus de 153 000 entreprises de location de robots en Chine, qui se commercialisent via des plateformes comme Xianyu et Douyin, en plus de SHAREBOT.
AGIBOT estime que le marché chinois de la location de robots pourrait atteindre 1,5 milliard de dollars d’ici la fin 2026. Avec des prix de détail allant de 19 000 dollars pour l’entrée de gamme à plus de 100 000 pour les modèles avancés, la journée de location apparaît comme une porte d’entrée peu risquée pour tester la technologie. Investisseurs et industriels s’y engouffrent.
Reste les limites. CNN Business rappelle que la technologie est encore à des années de remplacer le travail humain. Et Ai Lin est sans illusion : les robots actuels ne tournent pas tout seuls. Li Yiyan, patron de SHAREBOT, voit pourtant dans la location un tremplin : « Cela aide finalement les robots à passer plus vite du simple objet d’exposition à un déploiement à grande échelle. »
Pékin pousse dans ce sens. En juin 2026, le gouvernement a lancé une initiative nationale pour accélérer le déploiement réel des robots, avec plus de 100 « scénarios d’application à haute valeur ajoutée » visés d’ici la fin 2026. La location, comme la vente, sert une même stratégie : faire sortir les humanoïdes de la vitrine et les mettre au travail.
La marchandisation de la robotique humanoïde est en marche. Louer un robot à la journée, c’est transformer une technologie coûteuse et encore imparfaite en service accessible. Les 5 500 commandes d’AGIBOT ne sont peut-être qu’un début. La Chine ne parie pas seulement sur des machines plus performantes, elle parie sur leur déploiement rapide et massif. Un pari d’autant plus redoutable qu’il se joue déjà, à la journée.

