Unitree Robotics a présenté le 17 août un robot humanoïde baptisé « Superman », capable de bondir à deux mètres de hauteur depuis l’arrêt et de sprinter à 12,66 m/s, soit davantage que le pic de vitesse jamais atteint par un être humain. La démonstration, condensée en un clip de trente secondes, montre la machine s’élancer verticalement sans élan, puis enchaîner immédiatement une course à pleine allure après réception. Avec des jambes de 85 centimètres seulement, l’apex du saut atteint près de 2,4 fois la longueur de ses propres membres inférieurs, un ratio que même les meilleurs athlètes olympiques ne peuvent revendiquer.
Le record humain du saut en hauteur sans élan plafonne aux alentours de 1,80 mètre, et la pointe de Bolt lors de sa finale du 100 mètres à Berlin en 2009 culminait à environ 12,2 m/s. Superman franchit allègrement ces deux seuils, du moins en laboratoire. Les analystes rappellent que la transposition de telles performances en conditions réelles reste à démontrer, et qu’aucun calendrier de production ni tarif n’a été communiqué pour cette machine. Le contrôle moteur, la stabilité post-atterrissage et l’efficacité énergétique offrent encore, de l’aveu même d’Unitree, « une marge d’amélioration considérable ».
Trois mois et quelques semaines ont suffi entre le lancement du projet et la présentation publique, un rythme d’itération qui dit beaucoup sur la vélocité industrielle de la robotique chinoise. En avril dernier, le modèle H1 d’Unitree avait déjà établi un record mondial de vitesse pour un humanoïde bipède à 10 m/s, talonant alors la foulée du sprinteur jamaïcain. Superman pousse le curseur un cran plus loin et transforme ce qui ressemblait à une curiosité d’ingénierie en argument de marque.
La stratégie d’Unitree repose sur un double levier habilement calibré. D’un côté, la firme de Hangzhou compresse les prix pour démocratiser l’accès à ses robots bipèdes (le G1, lancé en mai 2024 à 99 000 yuans, s’affiche désormais autour de 85 000 yuans, tandis que le R1-Air d’entrée de gamme démarre à 29 900 yuans, soit environ 4 400 dollars). De l’autre, des vitrines technologiques comme Superman servent de « validation technologique et de référence de marque », selon les termes de l’entreprise. Les modèles accessibles élargissent la base de développeurs et d’utilisateurs ; les prototypes extrêmes installent un gradient de crédibilité. Unitree revendique à ce jour quelque 18 000 humanoïdes bipèdes produits, un chiffre qui la place parmi les fabricants les plus prolifiques au monde dans ce segment.
Le calendrier de cette révélation n’a évidemment rien de fortuit. La souscription à l’introduction en Bourse d’Unitree sur le STAR Market de Shanghai a été lancée le 10 août au prix de 150,8 yuans par action, valorisant l’entreprise aux alentours de 9 milliards de dollars. Superman a bondi devant les caméras exactement une semaine plus tard. Offrir au marché un exploit cinétique spectaculaire au moment où les investisseurs particuliers remplissent leurs bulletins de souscription relève d’un sens du timing que l’on qualifierait volontiers de… chorégraphique.
Reste la question qui hante toute la filière humanoïde, de Boston Dynamics à Tesla en passant par Figure AI. Un robot capable de sauter deux mètres et de courir plus vite qu’un sprinter d’élite, c’est impressionnant dans un hangar. Mais à quoi sert-il dans un entrepôt, sur un chantier ou au domicile d’un particulier ? Unitree possède désormais six produits dans son portefeuille (séries H, G, R et le GD01, premier mech transformable de série au monde), et la gamme dessine une ambition qui va bien au-delà du gadget de démonstration. Si la robotique humanoïde chinoise entend dépasser les limites biologiques de l’espèce, elle devra aussi prouver qu’elle sait dépasser celles, autrement tenaces, de l’utilité quotidienne.

