Zepp Health a discrètement fait certifier dans quatre régions du monde une montre connectée que personne n’attendait sous cette forme, la T-Rex Dual Solar, et le registre malaisien SIRIM a levé le voile le 3 août 2026 en associant le numéro de modèle A2570 au nom marketing « T-REX DUAL SOLAR ». La Corée du Sud a suivi dès le lendemain, l’Indonésie et l’Union économique eurasiatique complétant la rafale de dépôts en quelques jours à peine. Quatre territoires, quatre tampons réglementaires, zéro communiqué officiel… et pourtant, tout est déjà là pour reconstituer le puzzle.
La trouvaille la plus électrisante vient des entrailles de l’application Zepp, où des développeurs curieux ont repéré deux paramètres baptisés watch_face_input_power et case_back_input_power, ce qui suggère que des cellules photovoltaïques tapissent à la fois le cadran et le fond du boîtier. Aucun fabricant grand public n’a encore osé cette configuration à double surface solaire. Garmin, roi incontesté du segment outdoor avec ses fēnix 8 Solar et Instinct 3 Solar, se contente d’intégrer la captation lumineuse sous un écran MIP (Memory-in-Pixel) à faible consommation. Zepp Health semble vouloir aller bien plus loin, quitte à bousculer les conventions d’ingénierie horlogère.
Le mot « Dual » dans le nom du produit alimente d’ailleurs deux hypothèses concurrentes parmi les passionnés de wearables. La première imagine un double écran, un panneau MIP toujours allumé pour l’heure et les métriques de base, couplé à une dalle AMOLED réservée aux tâches gourmandes comme le rendu cartographique. Loger des cellules solaires sous un AMOLED reste un casse-tête optique (la luminosité du panneau OLED bloque une partie du spectre utile), alors séparer les fonctions entre deux dalles résoudrait élégamment le dilemme. La seconde hypothèse, plus littérale, renvoie aux deux surfaces photovoltaïques, avant et arrière, sans nécessairement impliquer deux écrans. Quelle que soit la bonne lecture, l’ambition est identique, offrir une autonomie solaire qui pourrait atteindre 30 jours selon les estimations de la communauté, un chiffre qui placerait la T-Rex Dual Solar en concurrence frontale avec les modèles premium de Garmin vendus entre 500 et 1 000 euros.
Le dossier coréen de la RRA mentionne par ailleurs la Chine et le Vietnam comme lieux de fabrication, un indice de diversification industrielle cohérent avec la stratégie post-pandémique de nombreux acteurs de l’électronique grand public. En Indonésie, c’est PT Globaltama Sukses Makmur qui porte la certification locale, un distributeur bien rodé aux introductions de marques étrangères sur l’archipel. Ces détails logistiques, en apparence anodins, trahissent un lancement préparé à grande échelle, pas un simple prototype envoyé en éclaireur.
Le calendrier pointe vers l’IFA de Berlin, vitrine historique des annonces hardware en fin d’été, et Zepp Health y a déjà dévoilé plusieurs générations de T-Rex par le passé. La marque Amazfit s’est solidement bâtie sur un rapport endurance-prix agressif (la T-Rex Ultra actuelle offre déjà 20 jours d’autonomie pour environ 400 euros), et greffer la recharge solaire sur cette recette pourrait sérieusement entamer la prime tarifaire que Garmin facture pour ses versions Solar. Qui voudra encore débourser 300 euros de supplément pour un verre Power Glass quand une alternative chinoise proposera, du moins sur le papier, une double captation solaire à tarif inférieur ?
La réponse dépendra évidemment de l’exécution, de la fiabilité GPS, de la précision des capteurs santé et de la robustesse du logiciel Zepp OS en conditions extrêmes, autant de domaines où Garmin capitalise sur des décennies d’itérations. La T-Rex Dual Solar n’a encore rien prouvé sur un sentier de montagne, et les certifications réglementaires ne mesurent ni la dérive altimétrique ni la tenue du bracelet sous la pluie battante. Le vrai verdict se jouera au poignet des ultratraileurs et des alpinistes, là où le soleil est parfois la seule source d’énergie disponible pendant des jours.

