Samsung développe en ce moment même un appareil qui pourrait bousculer sa propre hiérarchie de montres connectées, un wearable baptisé en interne « Galaxy Aero » et fonctionnant non pas sous Wear OS, le système de Google qui anime toute la gamme Galaxy Watch, mais sous un RTOS, un système d’exploitation temps réel ultraléger, celui-là même qui fait tourner les bracelets Galaxy Fit. Des références à ce mystérieux produit ont été dénichées dans le code de l’application Galaxy Wearable, où il apparaît sous l’étiquette « galaxy_rtos_watch », un indice qui en dit long sur la nature hybride de l’engin.
Le positionnement tarifaire envisagé place le Galaxy Aero quelque part entre le futur Galaxy Fit 4 et le Galaxy Watch FE, c’est-à-dire dans un no man’s land commercial que Samsung n’a jamais véritablement occupé. Ce territoire intermédiaire, coincé entre le tracker d’activité à 50 euros et la montre connectée à 200 euros, est pourtant celui où des millions d’acheteurs hésitent, tournent en rond, finissent par choisir une Amazfit ou une Xiaomi Band faute de mieux chez le géant coréen. Le Galaxy Aero pourrait bien être la réponse de Samsung à cette hémorragie silencieuse vers les marques chinoises.
L’adoption d’un RTOS entraîne mécaniquement deux conséquences que les utilisateurs vont immédiatement percevoir. D’abord, une autonomie qui devrait aisément dépasser la semaine sur une seule charge (là où une Galaxy Watch Ultra tient péniblement deux jours et demi sous Wear OS). Ensuite, un processeur bien moins gourmand, donc un prix plancher nettement abaissé. Le compromis ? Pas d’accès au Google Play Store, pas d’applications tierces, pas de Google Maps au poignet. On parle ici d’un appareil taillé pour le suivi de santé, le comptage de pas, la mesure de fréquence cardiaque, avec probablement un accéléromètre et un gyroscope embarqués.
La mention « watch » dans le code source écarte l’hypothèse d’un simple bracelet sans écran, et suggère fortement un boîtier circulaire ou carré doté d’un affichage, du moins d’après les indices disponibles. Samsung n’a pas lancé de tracker d’activité depuis le Galaxy Fit 3, commercialisé en 2024, et les rumeurs autour d’un Galaxy Fit 4 avec connectivité sans fil améliorée ne cessent de s’amplifier ces dernières semaines. Le Galaxy Aero viendrait donc s’intercaler dans un calendrier produit déjà chargé.
Ce qui rend cette fuite particulièrement électrisante, c’est ce qu’elle révèle de la stratégie logicielle de Samsung. Depuis 2021, le constructeur coréen a tout misé sur Wear OS, co-développant avec Google la refonte complète de la plateforme et abandonnant son propre Tizen. Or voilà qu’un produit estampillé « Galaxy » pourrait délibérément contourner l’écosystème de Mountain View… Faut-il y voir un aveu que Wear OS reste trop lourd, trop énergivore pour conquérir le segment entrée de gamme ? La réponse semble couler de source quand on observe que Garmin, Amazfit et Huawei dominent précisément ce créneau grâce à des OS propriétaires ultralégers offrant dix à quatorze jours d’autonomie.
Le nom « Galaxy Aero » n’est peut-être qu’un nom de code voué à disparaître avant la commercialisation, et Samsung n’a strictement rien confirmé à ce stade. La prudence reste de mise face à des éléments extraits d’un code applicatif, qui peuvent refléter un prototype jamais destiné au marché. L’entreprise coréenne a par ailleurs confirmé, via les mêmes fouilles logicielles, que ses futurs écouteurs à clip (repérés sous le nom « Galaxy Buds Able ») s’appelleront finalement Galaxy Buds On, preuve que les appellations internes évoluent constamment.
Si le Galaxy Aero finit par voir le jour, Samsung disposerait d’une gamme wearable à quatre étages, du bracelet Fit au fleuron Galaxy Watch Ultra, avec pour la première fois deux systèmes d’exploitation distincts cohabitant sous la même marque. Une configuration qui ressemblerait furieusement à ce que fait Huawei depuis des années avec HarmonyOS et son écosystème de montres à très longue autonomie, et qui forcerait Google à se demander pourquoi son partenaire le plus prestigieux en horlogerie connectée cherche désormais à s’en émanciper, ne serait-ce que partiellement.

