Petal a commencé à expédier aux États-Unis son capteur de santé conçu comme un insert de soutien-gorge. Cette petite pièce de tissu bardée de capteurs ECG et de bioimpédance pourrait bien incarner l’après-bracelet dans l’univers de la femtech. Le dispositif, désormais vendu à son tarif officiel de 199 dollars (environ 170 euros) après une phase de précommande à 149 dollars, se loge contre la poitrine pour capter des signaux cardiaques, mesurer la graisse viscérale, suivre la mobilité, l’équilibre et les variations du cycle menstruel.
On avait vu les bagues connectées succéder aux montres, puis les boucles d’oreilles intelligentes de Lumia enregistrer le flux sanguin depuis le lobe… Le corps féminin, décidément, n’en finit pas d’être cartographié par des objets qui prétendent se faire oublier. Petal pousse la logique jusqu’à disparaître dans la lingerie, en taille unique, habillé d’un textile européen biocompatible doublé de polyuréthane, disponible en noir ou en blush. L’autonomie annoncée atteint 18 jours, là où la plupart des montres et anneaux connectés tiennent entre deux et dix jours tout au plus.
« Les femmes utilisent depuis trop longtemps une technologie construite sur des références masculines, et cette disparité reste immense », rappelle Anand Janefalkar, fondateur et PDG de Petal, dont la motivation est aussi personnelle, née de la perte d’un proche emporté par un cancer du sein. Ses algorithmes et son intelligence artificielle ont été entraînés exclusivement sur des données féminines, issues de publications scientifiques et d’études cliniques internes, pour bâtir un profil de référence propre à chaque utilisatrice.
La proximité du capteur avec le cœur offre, selon l’entreprise, des lectures plus fiables que celles obtenues au poignet, tout en permettant d’observer les fluctuations du tissu mammaire et de l’hydratation au fil du cycle. Petal développe d’ailleurs une fonctionnalité de suivi de l’hydratation fondée sur les changements de composition des seins, un indicateur biologique que la marque qualifie de plus direct que les mesures classiques. Pour contenir les inquiétudes liées à l’exposition aux ondes sur du tissu mammaire, le dispositif fonctionne par courtes séquences de mesure et renonce au Wi-Fi comme à la connexion cellulaire.
Quatre piliers structurent les données remontées dans l’application, le cœur, le corps, le mental et le cycle, avec un système d’alertes déclenché dès qu’un écart par rapport à la ligne de base personnelle est détecté. La vision à long terme dépasse le bien-être quotidien, puisque Petal ambitionne de développer des applications cliniques orientées vers la détection précoce d’anomalies cardiaques et du cancer du sein grâce à l’analyse longitudinale des données.
Pour l’heure, l’objet ne voyage pas en dehors des frontières américaines. Le public français devra se contenter d’observer l’expérience à distance, car Petal ne livre pas en Europe et n’a avancé aucun calendrier en ce sens. Entre les autorisations sanitaires, le marquage CE et la réalité d’un déploiement international, la route est longue avant d’espérer glisser ce genre de capteur dans le sous-vêtements de ce côté-ci de l’Atlantique.
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité chez les femmes aux États-Unis. Le cancer du sein la deuxième. Un insert de soutien-gorge ne guérira rien, c’est entendu. D’autres acteurs comme Braave préparent leurs propres wearables intégrés à la lingerie et la convergence entre textile intime et capteurs médicaux crée les contours d’une femtech qui ne demande plus aux femmes de porter quoi que ce soit de visible. Il faudra observer si la promesse de données calibrées sur la physiologie féminine tient face à l’examen clinique, ou si elle glisse, comme tant d’autres gadgets, dans l’oubli des promesses technologiques.

