Evan Spiegel a choisi Los Angeles dans la nuit du 16 au 17 septembre pour abattre sa carte maîtresse. Après avoir dévoilé l’armature de ses lunettes Specs en juin dernier, le dirigeant de Snap a détaillé la couche logicielle conçue pour transformer cette monture à 2 295 euros en ordinateur autonome. La proposition repose sur Specs Intelligence, une IA programmée pour devancer les besoins de son porteur au lieu d’attendre des instructions vocales passives. Snap officialise au passage une sortie en France dès cet automne, accessible via une réservation remboursable de 170 euros sur son site officiel.
Snap prend le contre-pied des Ray-Ban Meta conçues comme des accessoires audio et vidéo à 329 euros, tout en rejetant le format scaphandre de l’Apple Vision Pro facturé 3 999 euros. La marque concentre 132 grammes de technologie dans deux montures de 47 et 52 millimètres. Le châssis embarque deux processeurs Qualcomm Snapdragon, des afficheurs à guides d’ondes offrant une diagonale de champ de vision de 51 degrés et une autonomie d’environ quatre heures. Le pilotage repose sur la détection spatiale des doigts par pincement ou par la commande vocale « Hey Specs ». La réalité des démonstrations a toutefois exposé quelques lenteurs techniques, comme ce temps d’attente d’une quinzaine de secondes pour charger une vidéo YouTube sur scène. Un voyant lumineux extérieur prévient l’entourage lors de chaque enregistrement afin d’éviter le rejet social rencontré par les Google Glass par le passé.
Evan Spiegel, président-directeur général de Snap, a revendiqué cette rupture matérielle sur scène : « Specs est un ordinateur, pas des lunettes connectées pour prendre des photos ». Le système d’exploitation associe Specs Intelligence à un graphe d’habitudes qui analyse l’agenda, les correspondants et les déplacements afin de projeter des éléments contextuels dans le champ de vision au bon moment. Accessible sans surcoût au lancement, ce service prévoit différentes formules payantes selon le volume d’utilisation, tout en synchronisant les données entre les lunettes, l’iPhone et le Mac.
Ce virage vers les professionnels répond aux impératifs économiques du groupe californien, qui garde en mémoire les quarante millions de dollars de dépréciation liés aux stocks invendus de ses premières montures connectées. Pour convaincre les entreprises de signer un bon de commande unitaire supérieur à deux mille euros, Snap s’associe à Salesforce autour de la plateforme Agentforce, à Nvidia pour le rendu spatial, et à Amazon Web Services qui intègre ses outils d’assistance Amazon Quick. L’éditeur Hololight rejoint également l’initiative pour adapter des logiciels industriels aux techniciens sur le terrain.
Snap a désigné Orange comme opérateur partenaire pour doter les utilisateurs français d’une connexion 4G et 5G permanente grâce à un étui de recharge vendu environ deux cents euros, tandis que Verizon gère le réseau américain. Côté divertissement, le groupe enrichit son catalogue avec Spotify pour l’écoute musicale, HBO Max pour des univers virtuels interactifs, ainsi que la NBA avec des statistiques projetées directement autour du panier lors des entraînements de basketball.
Une boutique éphémère ouvrira ses portes à Los Angeles en octobre au sein du centre commercial Westfield Century City pour accueillir les premières prises en main avant les expéditions automnales. En fixant le tarif français à 2 295 euros avec un acompte remboursable de 170 euros, Evan Spiegel tente une manœuvre risquée. L’objectif consiste à imposer l’intelligence artificielle faciale avant l’avènement des futurs produits concurrents, au moment où les gestionnaires d’entreprises évaluent encore la rentabilité d’un tel investissement par rapport à un ordinateur portable traditionnel.

