Robert Wagner contrôlait les assemblages photographiques lunaires sur son moniteur le 24 octobre 2025 quand une anomalie blanche bordée d’une auréole sombre a attiré son regard. Le chercheur en traitement d’images, détaché par la société Intuitive Machines auprès de l’équipe de la caméra LROC à l’université d’État de l’Arizona, venait de repérer le plus vaste cratère d’impact récent observé dans le système solaire depuis le début de l’ère spatiale.
Un corps rocheux d’une quinzaine de mètres, comparable à un immeuble de quatre étages, a heurté le limbe oriental de la surface lunaire entre le 11 avril et le 22 mai 2024. Le choc a creusé une excavation de 222 mètres de diamètre pour 43 mètres de profondeur, capable d’engloutir un quartier urbain de quatre hectares sur une hauteur équivalente à un bâtiment de quatorze étages. La NASA a officialisé la découverte le 16 septembre, en marge de deux études publiées dans la revue Science Advances et détaillées par l’agence spatiale américaine. Cette dépression porte officiellement le nom de McGetchin, attribué par l’Union astronomique internationale en l’honneur du géophysicien Thomas McGetchin, pionnier de la modélisation des éjectas lunaires.
L’identification repose sur l’analyse comparative des clichés acquis par la caméra grand-angle de la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter. Les algorithmes comparent deux passages orbitaux espacés dans le temps en calculant le ratio de luminosité du sol. Les zones inchangées se fondent dans un gris neutre alors que les modifications de réflectance produisent de forts contrastes. Robert Wagner, spécialiste des données orbitales chez Intuitive Machines, a consigné ses observations dans le rapport de recherche : « C’était de loin le motif de débris d’impact le plus évident que j’aie jamais vu sur ce type d’image. » La signature des projections couvrait des centaines de pixels, loin des minuscules ponctuations isolées laissées par les chutes habituelles.
Une déflagration d’une telle intensité ne survient sur la Lune qu’une fois par siècle en moyenne. À titre de comparaison, les capteurs de LRO enregistrent chaque année environ 140 cratères plus modestes d’une trentaine de mètres, creusés par des blocs rocheux de deux mètres de large. En orbite polaire depuis 2009 à une centaine de kilomètres d’altitude, la sonde a déjà cartographié plus d’un millier de cavités récentes et recensé 100 000 altérations superficielles. Dépourvue d’enveloppe atmosphérique protectrice pour consumer les projectiles avant l’impact, la Lune absorbe chaque projectile frontalement.
Le second volet des recherches apporte un éclairage inédit sur l’environnement périphérique. Le radiomètre infrarouge Diviner a mesuré une anomalie thermique de 6,4 kilomètres de diamètre autour de la cavité où la température nocturne chute d’environ 9 °C par rapport aux terrains voisins. Cet écart résulte du broyage du régolithe lors de l’onde de choc. La roche pulvérisée devient très meuble et hautement poreuse, ce qui restreint sa capacité à conserver la chaleur solaire accumulée le jour. Pour les ingénieurs qui préparent les prochaines missions du programme Artemis, ces observations pèsent lourdement sur le dimensionnement des trains de roulement des rovers pressurisés. Un sol foisonné accroît le risque d’enlisement mécanique et compromet la stabilité d’ancrage des infrastructures de surface.
Le cratère McGetchin rappelle que la surface lunaire ne connaît aucun répit géologique. Loin d’offrir un terrain figé dans l’attente de missions habitées, elle demeure un champ d’impacts permanents où un projectile imprévu peut modifier la structure mécanique de plusieurs kilomètres carrés en une seconde.

