Unitree Robotics vient d’arracher le feu vert de la China Securities Regulatory Commission pour son introduction en Bourse sur le STAR Market de Shanghai, et cette IPO s’annonce déjà comme la première cotation chinoise entièrement dédiée à un fabricant de robots humanoïdes. Le régulateur a confirmé jeudi l’approbation de l’enregistrement, après examen des documents transmis par la Bourse de Shanghai, ouvrant au fabricant de Hangzhou une fenêtre de douze mois pour fixer le prix et lancer l’opération.
L’entreprise prévoit de lever environ 4,2 milliards de yuans (soit quelque 619 millions de dollars au cours actuel) en cédant au minimum 40,45 millions d’actions, selon le prospectus déposé auprès du Shanghai Stock Exchange. La valorisation implicite gravite autour de 9 milliards de dollars, un chiffre qui propulse Unitree dans la cour des licornes robotiques les plus surveillées de la planète. Ni date de lancement ni fourchette de prix n’ont encore été arrêtées, mais l’appétit du marché onshore, qui a déjà absorbé 7,7 milliards de dollars d’introductions au premier semestre (en hausse de 64,4 % sur un an), laisse entrevoir un accueil sans doute vigoureux.
DeepSeek, le laboratoire d’intelligence artificielle dont les grands modèles de langage ont secoué la Silicon Valley en début d’année, a pris une participation de 20,8 millions de dollars dans Unitree à l’occasion de cette IPO… au moment même où la start-up d’IA repart en levée de fonds pour alimenter ses propres ambitions. Le geste n’a rien d’anecdotique. Il matérialise une convergence que tout l’écosystème tech chinois appelle de ses vœux, celle qui soude les grands modèles génératifs aux corps physiques capables d’agir dans le monde réel, dans les usines, dans les foyers, dans l’espace public. Quand un champion du « cerveau » investit dans un champion du « corps », la synergie devient tangible.
Unitree, fondée il y a une dizaine d’années, fabrique des robots humanoïdes bipèdes, des quadrupèdes (les fameux « chiens-robots » déjà aperçus lors de démonstrations spectaculaires à Shanghai) et des composants propriétaires. Le prospectus détaille l’affectation des fonds levés, notamment la recherche sur les modèles d’intelligence artificielle embarqués, le développement de nouveaux produits robotiques et la construction d’une base de fabrication intelligente. L’ambition affichée épouse parfaitement la feuille de route de Pékin, qui pousse à marche forcée le déploiement de machines autonomes dopées à l’IA dans l’industrie manufacturière et les services.
Le contexte boursier chinois offre un terreau fertile. Le marché des A-shares reprend des couleurs après un long gel réglementaire, et l’IPO de China Resources New Energy, dont le cours a plus que doublé dès son premier jour de cotation à Shenzhen (après avoir levé 24,5 milliards de yuans, la plus grosse introduction asiatique de l’année), a démontré que les investisseurs domestiques sont prêts à miser gros sur les secteurs stratégiques adoubés par l’État.
Unitree va donc servir de baromètre pour toute la filière des robots humanoïdes en Chine, un secteur où se pressent déjà des dizaines de start-ups et où les géants (Xiaomi, Huawei, BYD) avancent leurs pions. La prise de participation de DeepSeek ajoute une couche de lisibilité stratégique, en tout cas pour les investisseurs qui cherchent à comprendre où se joue la prochaine vague d’intégration entre intelligence artificielle et robotique physique. Reste à savoir si le marché valorisera Unitree comme un industriel ou comme un pur véhicule de la révolution IA, car entre les deux, l’écart de multiples peut être vertigineux.

