Selon des fuites documentées par plusieurs dataminers, le groupe de Mark Zuckerberg préparerait une annonce pour son événement Meta Connect organisé les 23 et 24 septembre 2026 sur son campus de Menlo Park en Californie. L’appareil répond au nom de code Luna. Il intégrerait six microphones, des haut-parleurs orientés vers les oreilles ainsi qu’une commande dédiée à Meta AI, sans embarquer de capteur optique. Une commercialisation américaine débuterait dès le mois d’octobre selon ces indiscrétions, tandis qu’aucune date ni disponibilité pour le marché français ne figurent au calendrier.
Dépourvues du module vidéo qui alourdissait les montures précédentes, les branches de Luna afficheraient une épaisseur réduite similaire à celle de lunettes de vue traditionnelles. Meta déclinerait ce châssis sous deux silhouettes classiques empruntées au catalogue d’EssilorLuxottica, Clubmaster et Burbank. Le traitement des requêtes vocales reposerait sur Muse, l’agent vocal déployé le 8 septembre 2026 pour animer son écosystème logiciel. Ce pari sur une monture strictement acoustique rappelle l’aventure des Frames de Bose, un produit abandonné fin 2023 faute d’avoir rencontré son public. D’autres acteurs explorent désormais cette piste matérielle à l’image du projet XGIMI MemoMind One, financé sur Kickstarter pour développer l’alternative du son sans optique. En supprimant l’œil électronique, Meta prive son assistant de toute analyse contextuelle du monde environnant. L’intelligence artificielle perd la vue pour se concentrer sur l’écoute.
Cette bifurcation vers le son répond aux polémiques nées autour des Ray-Ban Meta. Qualifiées aux États-Unis de « perv glasses » ou lunettes pour pervers, ces montures ont provoqué de vives crispations quant aux enregistrements clandestins. Des utilisateurs ont rapidement neutralisé le témoin lumineux LED avec un morceau d’adhésif noir afin de filmer à l’insu des passants. Face à ces dérives, plusieurs bars, pubs, clubs de nuit, salles de sport et tribunaux ont banni le port de ces accessoires connectés. La suppression de la caméra cherche à désamorcer cette réprobation sociale. Aucun tarif n’a filtré pour confirmer une éventuelle baisse de prix. Pourtant, le dispositif conserve six microphones ouverts sur l’espace sonore environnant. L’absence d’objectif ne garantit nullement la confidentialité des échanges captés au quotidien.
Les inquiétudes techniques dépassent le cadre matériel des microphones. Une enquête publiée par le magazine Wired en juin a révélé la présence d’une technologie dormante au cœur de l’application mobile Meta AI, téléchargée à plus de 50 millions d’exemplaires. Baptisée NameTag, puis renommée Connections en mai, cette brique logicielle contient trois modèles algorithmiques capables d’isoler un visage, de le recadrer et d’en extraire une empreinte biométrique. Le code source demeure inactif sur les téléphones, ce qui n’a pas empêché les défenseurs des libertés numériques d’alerter sur les risques d’une activation ultérieure. Cooper Quintin, chercheur à l’Electronic Frontier Foundation, dénonce la portée de ce dispositif. « Meta semble avoir créé la capacité de transformer ses clients en machine de surveillance distribuée ». La firme avait pourtant effacé plus d’un milliard d’empreintes faciales en 2021 suite à un accord amiable de 650 millions de dollars conclu en Illinois en 2020, avant d’accepter un règlement de 1,4 milliard de dollars au Texas en juillet 2024.
La conférence californienne pourrait également lever le voile sur Meta Project Phoenix, une paire de lunettes de réalité augmentée programmée pour 2027 qui projetterait un espace de travail virtuel devant les yeux. Cette multiplication des expérimentations pèse lourdement sur les finances de Menlo Park. La division Reality Labs a enregistré 4,62 milliards de dollars de pertes opérationnelles au cours du deuxième trimestre 2026. Luna devra prouver qu’un produit allégé peut séduire un public réfractaire aux caméras portées sur le nez, au moment où les régulateurs scrutent chaque capteur greffé sur les visages.

