Quarante-huit kilos d’actionneurs et de capteurs assemblés à Shanghai en trois mois. Selon les informations de The Information dévoilées fin octobre, Meta a conçu un premier prototype humanoïde baptisé Max avec l’entreprise chinoise Fourier. L’objectif est tester ses modèles d’intelligence artificielle à l’accomplissement des tâches ménagères.
Sous le capot du robot de 1,50 mètre, les ingénieurs ont greffé la puce Nvidia Jetson Thor pour encaisser l’inférence locale des réseaux neuronaux. L’intégration découle d’un partenariat élargi avec le fondeur de Santa Clara (adossé à un financement de 97,5 milliards de dollars autour des architectures Muse). Fourier a fourni la base de sa gamme GR et l’a lourdement modifiée avec des semelles articulées sur mesure ou des mains anthropomorphes à cinq doigts capables de saisir des bouteilles. Deux haut-parleurs logent dans le torse et un écran frontal simule des mouvements oculaires ou buccaux.
Meta a imposé un cahier des charges sur la perception de l’environnement domestique. Max capte la voix humaine à cinq mètres, interprète un salut de la main à trois mètres et soutient le regard de son interlocuteur. L’écran facial traduit en temps réel différents signaux d’interaction sociale (écoute, réflexion, prise de parole, incertitude) indispensables au travail de calibration.
Li-Chen Miller, vice-présidente produit de la division dédiée aux humanoïdes chez Meta, a passé deux mois dans l’usine de Fourier à Shanghai cet été pour superviser l’assemblage. La dirigeante a présenté le bipède aux équipes californiennes fin août lors d’un sommet technique.
Au même moment, l’organigramme a violemment tangué à Menlo Park. Débauché de chez Cruise dix-huit mois plus tôt, Marc Whitten a quitté l’entreprise fin août et ne pilote plus les travaux. Ning Li dirige désormais le Meta Robotics Studio par intérim sous le contrôle opérationnel du directeur technique Andrew Bosworth. Ce dernier voit dans le bipède une « incarnation matérielle » de l’agent autonome Muse lancé début septembre. Pour nourrir cette intelligence spatiale sans dépendre d’un constructeur tiers, le groupe a discrètement racheté la jeune pousse Assured Robot Intelligence (spécialiste de l’adaptation aux comportements humains) en mai dernier.
L’approche tranche avec la verticalité d’un Tesla qui bâtit ses propres lignes d’assemblage pour Optimus. Meta déploie une stratégie calquée sur Android et sous-traite le châssis en Chine pour concentrer ses ressources sur la couche logicielle, la vision par ordinateur et ses modèles Llama ou Muse. Dès septembre, les deux partenaires ont lancé le chantier d’un deuxième prototype nommé Max 2 (torse redessiné, préhension affinée, projecteur intégré et capteurs dédiés au franchissement d’escaliers).
Le pari chinois se heurte toutefois au mur réglementaire de Washington puisque la FCC (Commission fédérale des communications américaine) a interdit l’importation de nouveaux modèles de robots chinois pour des motifs de sécurité nationale. Pis encore pour les laboratoires californiens, le régulateur a proposé en août de sabrer l’exemption douanière réservée à la R&D, ramenant le quota autorisé sans feu vert gouvernemental de 4 000 à 40 unités.
Coincé dans ce goulot d’étranglement, Max 2 risque de voir ses exemplaires de test bloqués aux frontières américaines avant même d’apprendre à monter une marche. La firme de Menlo Park l’a confirmé, le programme est, pour l’instant, cantonné à la recherche et l’expérimentation en laboratoire. Aucune commercialisation n’est prévue, ni aux États-Unis ni en France. Max reste une plateforme de test fermée au public et non un produit en attente d’une date de sortie.


