Un smartphone à recharge solaire, capable de miner des cryptomonnaies, branché sur les satellites Starlink sans carte SIM et piloté par la pensée avec une puce Neuralink. Voilà le portrait vendu par la rumeur d’un téléphone Tesla depuis plus de cinq ans. Elon Musk balaie pourtant ce fantasme au micro de l’animateur Joe Rogan : « Non, nous ne fabriquons aucun téléphone ».
L’histoire démarre au début de l’année 2021 lorsque le designer Antonio De Rosa met en ligne une série de rendus 3D et une vidéo pour un smartphone baptisé « Tesla Model Pi ». Ce travail est d’abord un exercice de style pour enrichir son portfolio, comme il a l’habitude de le faire sur des concepts design d’iPhone ou Samsung Galaxy. Les influenceurs avides de buzz se sont bien sûr empressés de relayer les images, emballées dans un narratif vendant le projet comme déjà dans les tuyaux. Les algorithmes des réseaux TikTok, YouTube et Instagram adorent les scoops et se sont chargés de propager la rumeur à un niveau délirant. Cinq ans plus tard, la fable tourne toujours en boucle, alimentée par des créateurs qui surfent sur la marque Tesla. Dizaines de milliers de vues garanties.
Elon Musk a déjà enterré la rumeur
Premièrement, un projet de smartphone ne naît jamais incognito. Apple, Samsung ou Xiaomi déposent leurs dossiers techniques auprès de la FCC (le régulateur américain des télécoms) des semaines et même des mois avant chaque sortie. La base de la FCC, consultable par n’importe qui, ne contient aucun dossier de téléphone signé Tesla. Mais c’est Musk lui même qui mis fin aux espoirs.
C’est pendant l’épisode 2223 du podcast The Joe Rogan Experience, diffusé fin octobre 2024, que l’entrepreneur sud africain a tué l’idée d’un smartphone maison. Il a pourtant reconnu que son entreprise avait les épaules pour en fabriquer un : « Nous pourrions concevoir un téléphone. Le système d’exploitation de Tesla repose sur Linux et nous avons développé par-dessus une masse gigantesque de logiciels ». Il a ensuite déroulé sa liste de priorités, avec les voitures électriques, la conduite autonome, les batteries Megapack et surtout les robots humanoïdes Optimus, dans lesquels il voit l’avenir de la marque. Puis il a tranché : « Notre calendrier de développement déborde déjà ».
Le milliardaire a posé une unique condition pour sortir un combiné de ses usines : « Si Apple ou Google commençaient à agir de manière malveillante, en censurant des applications ou en abusant de leur position de contrôleurs d’accès, je suppose alors que nous fabriquerions un téléphone ». Un menace qui tourne en boucle depuis des années. En novembre 2022, fraîchement propriétaire de Twitter, Musk accusait déjà Apple de vouloir bannir le réseau social de l’App Store et promettait, faute d’autre choix, de lancer un « téléphone alternatif ». Quelques jours plus tard, il ressortait du siège d’Apple après un entretien avec Tim Cook et annonçait sur Twitter avoir réglé ce « malentendu ». Fin de l’épisode. L’application X n’a jamais quitté les boutiques d’apps. L’appareil n’a jamais dépassé le stade de concept d’un designer indépendant et a servi de levier à Musk pour faire transpirer Cupertino et Mountain View, rien de plus.
Batterie solaire, Starlink : des caractéristiques ubuesques incompatibles avec les lois physiques
La physique démonte les fantasmes d’internet en trois calculs. Le dos d’un téléphone offre une surface d’environ 100 cm². Sous un plein soleil d’été, cette surface reçoit une dizaine de watts de lumière, et les meilleures cellules photovoltaïques du commerce en convertissent à peine 20 %. Résultat, 2 watts dans le meilleur des cas. Une batterie de 5 000 mAh stocke près de 19 wattheures. Il faut donc dix heures d’exposition sur une table de jardin, sans toucher l’appareil, avec un soleil au zénith du matin au soir. Dans la vraie vie, l’astre bouge, les nuages passent et le chargement s’étale sur plusieurs jours. Bonus, un téléphone posé en plein soleil surchauffe, bride ses performances et abîme sa batterie au-delà de 35 °C.
L’idée d’une intégration Starlink achève le délire. La plus petite antenne de SpaceX, la Starlink Mini, mesure 30 centimètres sur 26, affiche près de 4 centimètres d’épaisseur, pèse 1,1 kilo et consomme entre 25 et 40 watts. Branchée sur la batterie d’un smartphone, elle la viderait en moins de quarante minutes. Glisser ce composant dans un boîtier de 7 à 8 millimètres d’épaisseur est de la science-fiction. Et que dire d’une communication avec le téléphone via Neuralink alors même que le projet est encore au stade clinique, et qui malgré ses grands progrès, peine encore à atteindre ses objectifs. Vous l’aurez compris, le Tesla phone est un mirage depuis le début.
Faux Tesla Phones et fausses précommandes en France
La formidable ampleur du buzz a servie, et sert encore aujourd’hui, aux réseaux d’escrocs pour vendre des faux Tesla Phones à des prix affichés entre 800 et 1 500 euros. Au pire, ce sont de fausses précommandes affichant des comptes à rebours factices pour arracher un acompte et vous ne recevrez rien. Au mieux, ce sont des smartphones chinois bas de gamme vendus à prix d’or. Tesla ne vend aucun téléphone et n’accepte aucune réservation, ni sur tesla.com ni ailleurs. Un nom de domaine fantaisiste ou dérivé de Tesla, des mentions légales sans entreprise identifiable, un paiement exigé par virement ou en cryptomonnaie doivent vous forcément vous alerter sur un risque d’arnaque.
Si vous en êtes déjà victime, la meilleure chose à faire après un paiement par carte bancaire est de faire opposition auprès de votre banque via une procédure de rétro-facturation (chargeback) pour produit non livré. Un signalement sur le site Pharos et une plainte en ligne sur THESEE peuvent aussi être déposés.
Malheureusement, des sites et influenceurs continuent d’alimenter la machine en relançant les espoirs des fans avec de prétendues dates de sortie pour gratter des clics et offrent par la même occasion une crédibilité en or aux escrocs. La seule vérité est que le Tesla Model Pi 5G n’existe pas et ne dépassera jamais le stade de fantasme.

