Samsung a passé cinq ans à encaisser les moqueries sur ses puces Exynos, entre l’annulation humiliante de l’Exynos 2500 et le throttling chronique de l’Exynos 2600 qui transformait chaque session de jeu prolongée en sauna de poche. Des résultats de benchmarks internes, fuités le 23 août par la division Mobile eXperience (MX) du groupe et relayés par le Seoul Economic Daily puis le Herald Business, racontent désormais une histoire radicalement différente. L’Exynos 2700, gravé sur le procédé SF2P de deuxième génération en 2 nm, devancerait systématiquement le Snapdragon 8 Elite Gen 6 et sa variante Pro sur chaque métrique testée, du CPU au GPU en passant par l’inférence IA embarquée et la consommation électrique.
Sur Geekbench 6.5 en multi-cœur, l’Exynos 2700 affiche 19 % d’avance sur le Snapdragon 8 Elite Gen 6 standard et 9,5 % sur la déclinaison Pro. En GPU sous contrainte thermique de 2,5 watts (le scénario qui simule une vraie session de jeu, pas un burst de trois secondes), l’écart grimpe à 24 % face au modèle standard et 22 % face au Pro, dont le GPU Adreno à six tranches mise justement tout sur le jeu mobile. Sur l’inférence du modèle Llama 3.1 8B, la puce Samsung génère des réponses 18 % plus vite que le Snapdragon Pro. Et la consommation tombe à 161 mA contre 185 mA pour Qualcomm, soit 12,7 % d’économie d’énergie. Dans un secteur où 5 % d’écart synthétique suffit à déclencher des titres, ces marges ressemblent à un séisme.
Le GPU sous contrainte de puissance constitue pourtant le vrai terrain de vérification, celui où chaque génération Exynos depuis le 2200 a systématiquement perdu la guerre après avoir gagné la bataille du benchmark initial. Les tests gaming réalisés par Android Authority en juin 2026 sur l’Exynos 2600 du Galaxy S26 montraient encore un effondrement de 113 fps à environ 80 fps après dix minutes d’Asphalt Legends, tandis que le Snapdragon 8 Elite Gen 5 encaissait la chaleur avec bien plus de grâce. Samsung promet cette fois que l’architecture Side-by-Side (SBS), qui place la DRAM à côté du die au lieu de l’empiler dessus, libère suffisamment d’espace pour le dissipateur thermique HPB afin de refroidir simultanément processeur et mémoire. PhoneArena rapportait en mai 2026 que Qualcomm envisagerait d’ailleurs un packaging similaire pour son propre Snapdragon 8 Elite Gen 6 Pro, ce qui en dit long sur l’influence du travail thermique de Samsung.
Une entrée Geekbench AI datée du 21 août fournit le premier point de données publiquement vérifiable sur l’architecture CPU de l’Exynos 2700. Le listing révèle un agencement à quatre clusters et dix cœurs, dont un cœur prime cadencé à 4,24 GHz, quatre cœurs performance à 3,74 GHz, un cœur intermédiaire à 3,36 GHz et quatre cœurs efficience à 2,88 GHz. Notebookcheck a confirmé que l’identifiant CPU (implementer 65, part 3478, soit 0xD96 en hexadécimal) correspond au cœur « Canyon » d’Arm, très probablement le C2-Ultra, successeur de deuxième génération du C1-Ultra. Si le bond générationnel reproduit les 25 % de gain en single-thread que le C1-Ultra avait offerts par rapport au Cortex-X925… l’Exynos 2700 débarquerait dans le Galaxy S27 avec une architecture CPU qu’aucun fabricant au monde n’aura encore commercialisée.
Le procédé de fabrication SF2P, fondé sur l’architecture MBCFET (transistors nanosheet Gate-All-Around où la grille enveloppe les quatre côtés du canal), promet 12 % de fréquence supplémentaire, 25 % de gain en efficacité énergétique et 8 % de réduction de surface par rapport au SF2 de première génération utilisé pour l’Exynos 2600. Les rendements racontent toutefois deux histoires parallèles. Samsung Foundry revendiquait 70 % de yield commercial pour le nœud SF2P lors de ses résultats du quatrième trimestre 2025, tandis qu’une analyse de Kiwoom Securities plaçait les premiers runs de l’Exynos 2700 à 50 %. Les deux chiffres peuvent coexister sans contradiction, le yield du nœud en production générale n’étant pas celui d’un die complexe spécifique en phase de montée en cadence.
La dimension financière explique pourquoi Samsung pousse aussi fort, même après des années de déceptions. La division Device eXperience (DX) a dépensé 7 438 milliards de wons (environ 5,4 milliards de dollars) en achats de processeurs applicatifs au seul premier semestre 2026, soit 17,9 % de ses coûts totaux en matières premières. Sur une année complète, la facture d’approvisionnement auprès de Qualcomm et MediaTek atteint quelque 14 000 milliards de wons (environ 10,1 milliards de dollars). Chaque Galaxy S27 vendu avec un Exynos 2700 au lieu d’un Snapdragon réduit directement cette hémorragie tout en alimentant les revenus de System LSI et de la fonderie Samsung. La logique comptable est implacable, et elle éclaire la stratégie d’élargissement de la couverture Exynos rapportée par Money Today, selon lequel le Galaxy S27, le S27+ et le nouveau S27 Pro recevraient tous la puce maison dans la plupart des marchés mondiaux, le Snapdragon 8 Elite Gen 6 étant réservé à l’Amérique du Nord.
Le scepticisme de la communauté tech reste, il faut le reconnaître, parfaitement rationnel. Des benchmarks internes réalisés sur du matériel pré-production, dans des conditions que Samsung contrôle intégralement, ont historiquement produit des résultats que les appareils de série n’ont jamais répliqués en usage réel. L’Exynos 2600, malgré des progrès thermiques réels par rapport au catastrophique Exynos 2200, tirait encore 30 W en charge multi-cœur contre 21 W pour le Snapdragon 8 Elite Gen 5, créant un écart de deux heures et 38 minutes d’autonomie dans les tests concrets. Robert Triggs d’Android Authority résumait bien le problème de fond en notant que la puce Samsung est « assaillie par des perceptions selon lesquelles elle serait tout bonnement inférieure, et ces perceptions ne sont pas entièrement infondées ».
La série Galaxy S27, attendue début 2027 (la stratégie photo de la gamme avait d’ailleurs déjà fuité en détail), offrira le verdict définitif. Les prochaines apparitions Geekbench sur du matériel quasi final, la trajectoire des yields SF2P au second semestre 2026 et surtout les tests de gaming soutenu sur des unités de production détermineront si l’avance de 24 % en GPU sous contrainte thermique se traduit en frames stables après vingt minutes de jeu dans une pièce à 30 °C. Samsung n’a pas besoin de convaincre les analystes avec des slides, mais de convaincre le joueur coréen ou européen qui, depuis cinq ans, regrette de ne pas avoir acheté la version américaine de son Galaxy.

