Elon Musk a publié jeudi sur X une vidéo de synthèse du complexe Terafab, et c’est un véhicule fantôme qui a volé la vedette. Le Robovan, ce monolithe cubique sans volant ni pédales dévoilé en octobre 2024 lors de l’événement « We, Robot », glisse sur une voie surélevée au milieu d’un décor qui tient davantage de la cité orbitale que de l’usine texane. À ses côtés, des robots Optimus s’affairent sur le chantier, un Tesla Semi stationne en arrière-plan, un Cybercab circule au sol. La séquence a dépassé 5,5 millions de vues en moins de vingt-quatre heures.
Le Robovan n’avait plus donné signe de vie depuis près de deux ans, dépourvu de calendrier de production et absent de toute image officielle d’usine. Son apparition dans un rendu crédité à SpaceX suggère que le véhicule autonome pour vingt passagers (ou fret, au choix) reste bel et bien inscrit dans la feuille de route, même si Tesla n’a toujours fixé aucune date. Musk vise un coût d’exploitation inférieur au dollar le mile, une ambition qui suppose une chaîne de fabrication et un logiciel de conduite dont aucun prototype public n’a encore fait la démonstration.
La répartition du compute annoncée par Musk quelques heures après la mise en ligne mérite qu’on s’y attarde. Environ 25 % de la puissance de calcul IA de Terafab seront dédiés aux robots Optimus de Tesla, les 75 % restants alimentant l’intelligence artificielle des vaisseaux spatiaux de SpaceX. Autrement formulé, la plus grande usine de puces jamais planifiée, plus de 100 millions de pieds carrés, sera d’abord une fonderie spatiale qui fabrique accessoirement le cerveau de robots humanoïdes. Tesla, dans cette architecture, joue le rôle de partenaire minoritaire en silicium… tout en restant copropriétaire du site.
Terafab sera implantée dans le comté de Grimes, à environ une heure au nord-ouest de Houston, sur un terrain de quelque quatre kilomètres de long à Gibbons Creek. Les accords d’abattement fiscal avec le comté sont déjà signés, et SpaceX a versé un premier chèque de 10 millions de dollars. La phase initiale représente 16,8 milliards de dollars d’investissement et promet au moins 3 000 emplois. Riley Trennell, représentant du projet, avait prévenu les résidents mercredi que des rendus seraient diffusés « sous quelques jours ». Le post de Musk est tombé le lendemain, suivi dans la foulée par un communiqué du bureau du gouverneur Greg Abbott.
Le calendrier industriel d’Optimus, lui, se précise à un rythme que Tesla n’avait jamais affiché pour un produit non automobile. L’ancienne ligne de production des Model S et Model X à Fremont est en cours de conversion en chaîne Optimus Gen 3 depuis le début de 2026, et Musk s’est rendu sur place le 1er juillet pour officialiser la transition. Une seconde usine, plus vaste, monte en puissance à Giga Texas avec un objectif de production en volume à l’été 2027 et une capacité théorique de dix millions d’unités par an. Ashok Elluswamy, responsable IA de Tesla, a reconnu ce mois-ci que le robot avait « de grandes chaussures à remplir » en héritant de la ligne historique S et X, formule qui trahit l’ampleur du pari.
Musk a fixé un prix cible à long terme entre 20 000 et 30 000 dollars pour Optimus, un tarif qui exige des volumes colossaux et des puces produites en interne à coût marginal décroissant. C’est précisément là que Terafab entre en jeu, en promettant plus d’un térawatt de capacité de calcul annuelle sous un même toit. Tesla a guidé vers plus de 25 milliards de dollars de dépenses d’investissement cette année, soit à peu près le triple du total 2025, tandis que SpaceX a déjà englouti 18,4 milliards au seul deuxième trimestre.
L’architecture du complexe, avec ses façades inclinées à angles vifs, ses bandes lumineuses horizontales et son bassin réfléchissant bordé de piétons, ressemble davantage à un manifeste esthétique qu’à un plan d’ingénierie. « Terafab Texas sera le bâtiment le plus grand et le plus précieux sur Terre, de loin. Et il sera d’une beauté saisissante », a écrit Musk, fidèle à sa rhétorique de superlatifs absolus. Reste à savoir si le Robovan, en tout cas, finira par quitter les rendus pour rejoindre le bitume.

