Les sept épisodes de la mini-série À l’est d’Éden (portée par son titre original East of Eden) sont disponibles sur Netflix depuis ce jeudi 1er octobre 2026. La plateforme confie les rênes de cette grande saga à Florence Pugh, qui cumule le rôle de Cathy Ames et le poste de productrice exécutive. L’actrice s’attaque à l’un des personnages les plus venimeux du roman américain, né sous la plume de John Steinbeck en 1952. Dans l’œuvre d’origine, Steinbeck décrivait Cathy comme une créature dépourvue d’empathie dès le berceau, une anomalie morale incapable d’aimer. La scénariste Zoe Kazan refuse cette fatalité simpliste. Elle reconstruit le passé de Cathy en montrant une femme marquée par des violences terribles durant son enfance, décidée à utiliser la concupiscence des hommes pour conquérir son indépendance financière et bâtir son propre bordel à Salinas. Florence Pugh déploie une énergie dévorante pour faire de cette manipulatrice une survivante intraitable.
Ce retour sur les écrans boucle une histoire de famille entamée soixante-et-onze ans plus tôt. En 1955, le grand-père de la scénariste, le réalisateur Elia Kazan, avait marqué l’histoire du cinéma en révélant James Dean dans le costume de Cal Trask. Ce classique hollywoodien coupait pourtant les trois quarts du livre pour s’attarder sur la rivalité finale entre les deux fils durant la Première Guerre mondiale. Zoe Kazan a passé quatre années de travail avec le co-showrunner Jeb Stuart (Vikings: Valhalla, scénariste de Die Hard) pour embrasser les six cents pages du roman. Le récit prend le temps de remonter à la guerre de Sécession, explore la légende mensongère forgée par le patriarche Cyrus et déroule cinquante ans de rancœurs familiales entre le Connecticut et la vallée californienne de Salinas.
Pourquoi sept épisodes ? Zoe Kazan visait au départ huit parties (afin de coller aux grands mouvements du roman), avant de resserrer la narration sur sept chapitres denses pour chasser le moindre temps mort. La réalisation se partage équitablement entre deux cinéastes. L’Australien Garth Davis (Lion) prend les commandes des épisodes un à quatre pour filmer la genèse du foyer Trask, les traumatismes de jeunesse et l’arrivée perturbatrice de Cathy. La réalisatrice française Laure de Clermont-Tonnerre (The Mustang, L’Amant de Lady Chatterley) enchaîne sur les épisodes cinq à sept pour orchestrer la confrontation finale, l’ascension des jumeaux et la chute des faux-semblants.
La force du projet repose sur un casting particulièrement solide. Christopher Abbott prête ses traits à Adam Trask, un homme pur et aveuglé par ses idéaux, face à un Mike Faist (remarqué dans Challengers et West Side Story) incandescent dans le rôle de son frère Charles. Leur fraternité déchirée réactive le mythe biblique de Caïn et Abel sous le regard toxique de leur père Cyrus, campé par Tracy Letts en vétéran autoritaire gavé de gloire militaire inventée. Autour de cette lignée maudite gravitent Ciarán Hinds en Samuel Hamilton, immigré irlandais chaleureux et inventeur impécunieux, ainsi que Hoon Lee dans le rôle de Lee, domestique d’origine chinoise dont la culture philosophique dépasse de loin celle de ses maîtres. Martha Plimpton donne du corps à Faye, tenancière de maison close manipulée par Cathy, tandis que les jeunes comédiens Joe Anders et Joseph Zada incarnent la génération suivante à travers les frères Aron et Cal.
Pour restituer la dureté de la Californie rurale et les paysages agricoles du siècle passé, la production a fait le choix de s’installer en Nouvelle-Zélande. Tourner aux États-Unis dans des environnements d’époque intacts représentait une charge budgétaire intenable pour une série historique de cette envergure. L’équipe a trouvé à Ōamaru, dans la région d’Otago, des pâtés de maisons victoriennes préservés pour reconstituer les villes de pionniers, pendant que les plaines océaniennes doublaient la terre brûlée de Salinas. Les directeurs de la photographie Stuart Dryburgh et Sam Chiplin tirent parti des lumières rasantes de l’hémisphère sud, filmant la poussière, le bois brut et la morsure du soleil sur les collines dorées.
On retrouve au centre cette tragédie morale le concept de « Timshel ». Un mot hébreu issu du quatrième chapitre de la Genèse fait l’objet d’un débat passionné entre Samuel Hamilton, Adam et son domestique Lee. Contrairement aux traductions religieuses qui ordonnent de dominer le péché ou promettent une victoire illusoire, Lee découvre que le terme signifie textuellement « tu peux ». Cette nuance place le destin entre les mains de l’individu. L’héritage d’un père menteur ou d’une mère destructrice ne condamne personne d’avance. Chacun choisit sa propre moralité… et assume le prix de ses actes.
Le travail sur À l’est d’Éden débouche déjà sur un autre projet d’envergure. Dans la foulée, Netflix a commandé au tandem Kazan-Stuart une série adaptée de Lonesome Dove, le grand roman western de Larry McMurtry, et remet ainsi un classique de la littérature américaine entre leurs mains.

