Un dessin déposé à l’office indien des brevets, référence 502534-001, montre un 4×4 anguleux signé Hyundai Motor Company qui ressemble beaucoup au concept Boulder présenté au Salon de New York en avril 2026. Le même volume de boîte à chaussures, la même calandre verticale, les mêmes élargisseurs d’ailes de bûcheron. Et pourtant, en zoomant, ce n’est pas le même véhicule.
Les écarts entre le concept et le brevet racontent exactement l’histoire d’un passage à l’industrialisation. Là où le Boulder de salon affichait une grille façon boîte à œufs, le modèle déposé opte pour une face quasi fermée à fines lamelles horizontales. Les quatre projecteurs restent, mais rétrécissent, flanqués de signatures lumineuses verticales. Les arches de roues perdent leur galbe et deviennent franchement géométriques. À l’arrière, détail que les amateurs de tôle apprécieront, la partie haute du pavillon ne se termine plus à l’équerre et s’incline légèrement, tandis que le montant C et la lunette changent de découpe. Les portes antagonistes (ouverture en deux parties, un dispositif qu’on retrouverait aussi sur le futur Genesis GV90 dérivé du concept Neolun) sont conservées.
Quelques éléments invitent quand même à la prudence avant de crier au modèle de série. Les marchepieds tubulaires du concept new-yorkais ont disparu, ce qui rend l’accès à bord de cet engin haut perché plutôt sportif. Les pneus, annoncés en 37 pouces sur le concept, restent démesurés pour une production de masse. La galerie de toit, les câbles anti-branches et les projecteurs additionnels relèvent davantage du catalogue accessoires que de l’équipement d’usine. Une itération de concept, donc, plus qu’un modèle homologué… ou une base de série volontairement habillée pour la photo de brevet.
Le Boulder marquerait le premier châssis échelle de l’histoire récente de Hyundai, une architecture body-on-frame en acier produit aux États-Unis, selon le constructeur. La marque a longtemps bricolé la panoplie baroudeuse avec ses badges XRT collés sur des crossovers monocoques. Cette fois, la cible est nommée, notamment le Jeep Wrangler, le Ford Bronco, le Toyota 4Runner et le Land Rover Defender. Le dossier technique évoqué comprend quatre roues motrices, blocages de différentiel avant et arrière, réducteur, suspension avant indépendante avec pont rigide à l’arrière, et une fonction de rotation sur place type tank turn.
Côté motorisations, le catalogue pressenti ratisse large avec un hybride essence 2,5 litres turbo de 330 ch, un hybride rechargeable de 400 ch et des versions 100 % électriques destinées à l’Amérique du Nord, où la Lucid Gravity GT-S veut déjà régner sur les SUV électriques premium, les autres marchés pouvant hériter du 2,2 litres turbodiesel de 207 ch et de sa boîte auto à 8 rapports emprunté au Kia Tasman. Hyundai laisse pourtant entendre qu’il s’agit d’un programme spécifiquement américain plutôt qu’un recyclage de la plateforme du pick-up coréen. L’usine HMGMA de Géorgie, qui assemble déjà l’Ioniq 5, tient la corde pour la production.
Et en France, alors ? Officiellement rien pour l’instant. Hyundai a dessiné ce baroudeur pour les États-Unis et ne s’est engagé sur aucune commercialisation européenne. Les versions 100 % électriques restent fléchées vers l’Amérique du Nord, où la production doit démarrer. Le pick-up midsize qui partagera la base ne devrait jamais franchir l’Atlantique dans l’autre sens.
Pour autant, le Vieux Continent n’est pas rayé des cartes. Le SUV pourrait tenter le coup s’il est proposé avec un moteur homologué chez nous. Le candidat naturel existe déjà, le 2,2 litres turbodiesel de 207 ch et sa boîte auto à 8 rapports empruntés au Kia Tasman, déjà vendu en France. La porte d’entrée existe donc mais reste à savoir si Hyundai osera la pousser, ce que le coréen s’abstient sagement de promettre pour l’heure.
À l’intérieur, aucune image déposée n’a filtré, mais la logique du concept (planche de bord horizontale, éléments de structure apparents, commandes physiques épaisses) devrait survivre. Les quatre écrans configurables du show-car céderaient la place à une dalle centrale unique sous Pleos Connect, le système maison basé sur Android Automotive avec navigation connectée, boutique d’applications, mises à jour OTA et assistant vocal Gleo. Les gammes basses, blocages et modes de terrain resteraient pilotés par des boutons, ce qui, sur une piste défoncée, tient du bon sens élémentaire.
Hyundai s’est engagé à lancer 36 véhicules nouveaux ou restylés aux États-Unis d’ici 2030, et un pick-up midsize est attendu avant la fin de la décennie sur la même base. Le coréen, longtemps champion du crossover poli et sans aspérité, arrive donc sur le terrain du 4×4 à pont rigide avec une image de brevet indien pour carte de visite.
En vidéo, la présentation officielle du concept Boulder par Hyundai, dévoilé au Salon de New York.

