Dans le centre-ville d’Austin, Tesla a versé son Cybercab dans la flotte de robotaxis ouverte au public, mettant fin à une année de Model Y pilotées par logiciel. Deux places, deux portes papillon, zéro volant, zéro pédale. Ashok Elluswamy, vice-président en charge de l’intelligence artificielle chez Tesla, l’a annoncé lors d’une soirée sur invitation : « Vous pouvez sortir, prendre des courses. N’importe qui peut prendre des courses. C’est ouvert au grand public ».
Les registres du DMV du Texas comptabilisaient 45 Cybercabs immatriculés le jour du lancement, un chiffre que Tesla n’a pas voulu confirmer comme reflétant la taille réelle de la flotte publique. Quarante-cinq voitures, autant dire une escadrille de démonstration face aux milliers de véhicules promis sur scène à Burbank lors de la présentation We, Robot, il y a bientôt 2 ans. Le service reste géorepéré via l’application RoboTaxi, limité pour l’instant à 6 villes du Texas et de Floride, avec une tarification dynamique. On hèle la voiture depuis le smartphone, les portes papillon s’ouvrent d’une commande dans l’app et se referment seules une fois le passager installé.
La fiche technique, révélée par le dossier EPA, dessine un engin d’une frugalité presque provocante, notamment un moteur unique à aimants permanents de 219 chevaux en traction avant, une unité annoncée 18 % plus compacte et 25 % plus légère que les meilleurs groupes motopropulseurs électriques du marché, et une batterie de 48 kWh garnie de cellules cylindriques 4680 à haute teneur en nickel, cathode sèche à la clé. Pas de gigantisme, pas de course au 0 à 100. Un robotaxi urbain calibré pour tourner, tourner encore, et coûter le moins cher possible au kilomètre.
L’aérodynamique, elle, relève du fétichisme d’ingénieur, avec un coefficient de traînée annoncé sous 0,20, territoire réservé aux légendes du genre (la GM EV1 pointait à 0,19, la Model 3 à 0,22). Ajoutez l’absence de rétroviseurs extérieurs, un bandeau lumineux frontal, un coffre arrière généreux, un grand écran central, l’éclairage d’ambiance et l’assistant Grok à bord, et vous obtenez un salon roulant conçu pour deux personnes qui ne conduiront jamais.
La conduite autonome repose exclusivement sur des caméras, sans lidar ni radar, avec le Full Self-Driving non supervisé exécuté par des puces embarquées et des réseaux de neurones entraînés sur des vidéos de conduite Tesla. Elluswamy revendique l’équivalent de plus de 100 000 vies de conduite ingurgitées par le modèle et un million de kilomètres… pardon, de miles parcourus en robotaxi non supervisé. Le pari technologique demeure hérétique aux yeux de la concurrence, Waymo et Zoox empilant les capteurs, mais le Cybercab roule et prend des passagers.
L’industrialisation constitue peut-être le morceau le plus radical du dossier, avec le procédé Unboxed qui raccourcit la ligne d’assemblage de 50 % et des panneaux de carrosserie en RIM plastique doré, moulés dans la masse et non peints, matériaux recyclés revendiqués, ce qui supprime purement et simplement l’atelier de peinture. Musk a promis un véhicule sous 30 000 dollars produit à grande échelle. Un formulaire d’intérêt pour l’achat de Cybercabs destinés à la flotte est apparu en ligne avant l’événement, signe que Tesla veut faire des particuliers les propriétaires-bailleurs de son réseau.
Reste la question de l’homologation. Circuler dans un périmètre géorepéré sous couvert d’une flotte expérimentale n’équivaut pas à vendre un véhicule sans commandes à un particulier. Tant que la conformité aux normes fédérales de sécurité ne sera pas établie ou assortie de dérogations, le Cybercab restera un service localisé plutôt qu’un produit accessible.

