Netflix a officiellement commandé le développement d’une série live-action ancrée dans l’univers de Ravenloft, le décor d’horreur gothique le plus célèbre de Donjons & Dragons, et enterré dans la foulée le projet concurrent basé sur les Royaumes Oubliés (Forgotten Realms). L’annonce, tombée dans la nuit du 3 au 4 septembre 2026 heure de Paris, propulse le vampire Strahd von Zarovich au rang de prochain grand antagoniste du petit écran.
John August (scénariste de Big Fish, Charlie’s Angels) pilote l’écriture de cette origin story, et Alfonso Cuarón (Gravity, Roma) occupe le fauteuil d’executive producer aux côtés de Gaby Rodriguez et Richard Schwartz pour Esperanto Filmoj, la société de production du cinéaste mexicain. Le pitch officiel décrit une « série de fantasy prestigieuse où l’aventure percute l’horreur gothique et la romance tragique », centrée sur la transformation d’un antihéros en seigneur mort-vivant, tyran absolu de son propre domaine de terreur. Gabriel Marano représente Hasbro dans ce montage, preuve que Wizards of the Coast garde un contrôle étroit sur l’adaptation de sa licence phare.
Le choix de Ravenloft plutôt que des Royaumes Oubliés traduit un virage narratif délibéré vers un registre plus sombre, plus intime, résolument éloigné de la high fantasy épique qui noie ses intrigues dans des millénaires de lore et des centaines de suppléments. Les Royaumes Oubliés offraient un terrain de jeu encyclopédique… peut-être trop vaste pour une série télévisée à arc dramatique serré. Ravenloft, lui, possède un atout redoutable pour la télévision de 2026, à savoir un personnage-monde, Strahd, dont l’obsession amoureuse et la soif de pouvoir ont déjà nourri des décennies de parties mythiques autour des tables de jeu.
Tracy et Laura Hickman ont imaginé ce cadre de campagne dès 1983, et la licence a depuis irrigué romans, jeux vidéo, modules de JDR et recueils de règles. Wizards of the Coast a d’ailleurs publié récemment Ravenloft: The Horrors Within, une refonte ambitieuse du matériau d’origine, tandis que le setting figurait déjà dans la première saison de Dungeon Masters, l’émission de real play lancée en avril dernier. La franchise tourne à plein régime sur tous les supports, et la série Netflix arrive comme un accélérateur logique de cet écosystème.
Qui, en dehors du cercle des rôlistes aguerris, connaît vraiment Strahd von Zarovich ? C’est précisément là que réside le pari du tandem August-Cuarón, car transformer un « Darklord » de campagne D&D en icône pop aussi identifiable qu’un Dracula ou un Lestat exige une écriture chirurgicale, capable de capter les non-initiés sans trahir quarante-trois ans de mythologie tabletop. Le fait que Netflix ait sacrifié un projet Forgotten Realms bien plus conventionnel pour miser sur cette tonalité gothique indique une confiance assumée dans le potentiel du genre horreur-fantasy, segment où HBO avance déjà ses pions avec « It: Welcome to Derry », dont la saison 2 officialisée par HBO ramène Pennywise en 1935 sur le massacre du Bradley Gang, qu’Amazon n’a pas encore verrouillé.
La date de tournage et le casting restent inconnus à cette heure, mais l’implication d’un réalisateur oscarisé comme Cuarón et d’un scénariste rompu aux récits fantastiques place Ravenloft parmi les projets les plus surveillés du catalogue Netflix pour les saisons à venir, sur le même créneau gothique où Mercredi saison 2 a cumulé 29,1 millions de vues en une semaine , avec l’ambition évidente de faire de Strahd le nouveau visage de la dark fantasy en streaming.

