John Francis Daley et Jonathan Goldstein, le tandem derrière Game Night et Dungeons & Dragons: Honor Among Thieves, ont levé le voile sur la direction qu’ils comptent donner au prochain long-métrage Star Trek, confirmant en interview deux références tonales qui disent tout de leur ambition. Training Day (2001), polar moite dans les rues de Los Angeles. Crimson Tide (1995), huis clos suffocant dans un sous-marin nucléaire. Deux films où Denzel Washington incarne la tension entre un homme de pouvoir et celui qui le défie.
Starfleet, dans cette version, ne sera pas le décor lustré d’une utopie spatiale mais une institution gangrenée par ses propres failles, un organisme que la corruption a entamé de l’intérieur. « C’est vraiment un regard sur l’institution de Starfleet… il y a des pommes pourries dans chaque institution », a déclaré Daley, interviewé par Inverse, lors de la promotion de leur film Mayday. Le récit se déroulera « presque en temps réel », avec une dynamique de confrontation entre un capitaine aguerri et un subordonné plus jeune, arc narratif directement emprunté aux deux films cités. Ni Kirk, ni Spock, ni Bones. Un équipage neuf, situé « un peu plus loin dans le futur » que les itérations précédentes.
Paramount avait déjà mentionné le projet en développement lors du CinemaCon d’avril, après une décennie d’échecs successifs à concrétiser un quatrième volet de la timeline Kelvin. Le studio a engagé le duo en novembre 2025 pour repartir d’une page blanche, et le film n’a pas encore reçu de feu vert officiel. Goldstein a pourtant formulé l’enjeu avec une franchise désarmante dans un entretien accordé au Playlist « On s’intéresse moins à la continuité, à la timeline… comment on amène cette franchise à des audiences qui ne se considèrent pas Trekkies ? »
Le topos de l’amiral corrompu ou du commandement dévoyé n’est pas étranger à la saga, depuis l’Amiral Cartwright dans The Undiscovered Country jusqu’à l’Amiral Marcus dans Into Darkness, en passant par l’Amiral Dougherty dans Insurrection. Le duo Goldstein-Daley s’inscrit donc dans une veine que la franchise a déjà explorée, tout en promettant de la pousser vers un territoire plus âpre, celui du thriller politique et moral où chaque décision engage des vies. La structure partagée par Training Day et Crimson Tide, un twist au troisième acte qui renverse la hiérarchie apparente, laisse entrevoir un scénario construit sur la déflagration d’un rapport d’autorité.
Goldstein a tenu à préciser que le spectacle visuel ne porterait rien seul, affirmant vouloir « faire un grand film » avant de « lancer une nouvelle franchise ». Cette volonté d’ancrer le récit dans une dramaturgie serrée plutôt que dans l’accumulation d’effets numériques dessine un Star Trek qui chercherait à reconquérir les salles par la tension narrative. Le pari est d’autant plus risqué que la franchise cinématographique stagne depuis Star Trek Beyond en 2016, soit bientôt dix ans de jachère sur grand écran, pendant que d’autres icônes de la science-fiction tentent leur grand retour, à l’image de RoboCop ressuscité sur Prime Video avec Dan Stevens.
Deux réalisateurs qui citent Denzel Washington dans leurs deux références principales, sans confirmer lui avoir écrit un rôle. Le non-dit, ici, pèse autant que l’aveu.

