Le titre Unitree Robotics a touché mercredi un plus bas historique de 85 dollars (571 yuans), soit une chute de 48 % par rapport au sommet de 163 dollars (1 100 yuans) atteint le jour même de son introduction en Bourse, effaçant au passage près de 30 milliards de dollars (200 milliards de yuans) de capitalisation boursière. Le rebond de jeudi, modeste avec ses 4 % de hausse, n’a rien résolu. La valorisation de l’entreprise de Hangzhou oscille désormais autour de 37 milliards de dollars, un chiffre qui reste, pour une société ayant déclaré seulement 252 millions de dollars (1,7 milliard de yuans) de revenus en 2025, d’une générosité fascinante.
Wang Xingxing avait fondé Unitree en 2016, et l’entreprise était devenue en août le premier fabricant de robots humanoïdes coté en Chine continentale, levant environ 904 millions de dollars (6,1 milliards de yuans) sur le Star Market de Shanghai. L’action avait bondi de 629 % en séance inaugurale avant de clôturer à 125 dollars (845 yuans), soit 460 % au-dessus du prix d’introduction fixé à 22 dollars (150,80 yuans). DeepSeek, la firme chinoise d’intelligence artificielle, avait participé à l’opération pour environ 21 millions de dollars (140,8 millions de yuans), aux côtés de Tencent déjà présent au capital. Quelques jours avant la cotation, Unitree avait présenté un robot humanoïde baptisé « Superman », capable de sauter deux mètres à l’arrêt et de courir à 12,66 m/s. Le spectacle technologique suffisait apparemment à justifier n’importe quel multiple de valorisation…
La dégringolade qui a suivi, cinq séances consécutives de baisse, relève moins du krach accidentel que de la correction arithmétique d’un enthousiasme collectif dont la robotique humanoïde chinoise constitue aujourd’hui le véhicule privilégié. L’introduction d’Unitree était censée servir de référence pour toute une génération de licornes privées de l’IA incarnée, mais le manque de maturité du marché risque de ramener tout le monde à la raison et faire dégonfler la bulle.
L’interdiction par la FCC américaine des importations de robots humanoïdes et quadrupèdes étrangers pour raisons de sécurité nationale a par ailleurs refroidi les perspectives commerciales d’Unitree sur le marché américain, amputant l’un des rares débouchés internationaux crédibles pour le secteur. Le marché chinois, immense en théorie, reste peuplé de prototypes et de démonstrations acrobatiques, bien davantage que de commandes industrielles.
La question que personne ne semble vouloir formuler est presque indécente de simplicité dans un secteur aussi photogénique. Combien de robots humanoïdes faut-il vendre pour justifier une capitalisation de 37 milliards de dollars ? Aujourd’hui, Unitree a à peine écoulé 6000 robots en 2026. A mettre en perspective de sa valorisation…
L’effondrement d’Unitree ne condamne évidemment pas la robotique humanoïde chinoise mais révèle la température spéculative réelle, celle d’un marché où la foi dans la machine anthropomorphe remplace provisoirement le compte de résultat.

