Au cœur de la salve de fuites qui inonde la toile depuis la mi-août, le décorticage des vidéos attribuées au groupe Cyberleek a révélé ce qui pourrait devenir la mécanique la plus redoutée de GTA 6, une jauge de moralité capable de se « briser » définitivement si le joueur enchaîne trop d’actes de violence gratuite, condamnant son personnage à un statut d’irrécupérable pour le reste de la partie.
Dans l’un des clips, où le joueur contrôle Jason (l’un des deux protagonistes annoncés aux côtés de Lucia), une icône en forme de petit diable apparaît à droite de l’écran, accompagnée d’un symbole négatif, au moment précis où le personnage s’acharne sur un livreur déjà inconscient. Tant que la bagarre reste debout, rien ne se déclenche. Le jeu observe. Il attend que vous franchissiez la ligne. Puis il vous étiquette.
Rockstar Games semble avoir puisé dans l’héritage du système de karma de Red Dead Redemption 2, mais en y greffant une conséquence irréversible que le western n’osait pas, un point de non-retour au-delà duquel la jauge se fracture et verrouille l’alignement moral du personnage pour l’intégralité de la campagne. Peut-on encore parler de bac à sable quand le sable garde la mémoire de chaque coup ?
Au milieu de cette salve de vidéos, certaines séquences, qui ressemblent à des captures de testeur par leur banalité apparente (une session de basket devant la maison délabrée de Jason, un accès de rage routière contre un camion de livraison), regorgent pourtant d’indices sur l’architecture du jeu. On y distingue un compteur d’endurance qui se vide jusqu’à zéro pendant les coups portés et provoque un effet de vignettage aux bords de l’écran, un indicateur furtif bleu qui mesure la proximité de détection par la police, ainsi qu’un trait baptisé Focus (probablement lié au ralenti balistique) qui progresse de +2 % après un panier réussi.
Le système de recherche policière grimpe désormais jusqu’à six étoiles, une de plus que dans GTA 5, et fonctionne avec un triple marquage d’identification visible en haut à droite de l’écran, à savoir les vêtements, le visage et le véhicule du suspect. Changer de tenue ou repeindre sa voiture devrait vraisemblablement permettre de brouiller les pistes. Les véhicules affichent aussi une jauge d’essence et un indicateur d’état moteur, avec des options de « chargement » et de « stockage » dans le coffre.
La carte de Leonida, cet État fictif inspiré de la Floride, laisse entrevoir plusieurs circuits de course, une base militaire potentielle au bout des Keys et, détail inédit, la localisation en temps réel de l’autre protagoniste (un « J » pour Jason quand on incarne Lucia). GTA 5 ne montrait jamais où se trouvaient vos alter ego sans basculer vers eux.
Ces fuites ont durement touché le moral chez Rockstar, selon Jason Schreier. Les équipes, déjà épuisées par des mois de crunch et de mesures de sécurité renforcées (présence obligatoire cinq jours sur cinq, accès distant verrouillé depuis le piratage de 2022), voient leurs efforts de confidentialité réduits à néant. Un dirigeant a tenté de rassurer par mail en promettant que les joueurs « seraient enthousiastes en découvrant le jeu dans sa forme définitive ». Avec ce qu’on a pu voir, on en est même convaincu.
La sortie de GTA 6 est désormais prévue pour novembre 2026, après un report de six mois, et Rockstar n’a toujours pas identifié publiquement la source des fuites. Si la jauge de moralité « brisable » se confirme dans le produit final, elle imposera aux joueurs un choix que la franchise n’avait jamais formulé aussi crûment… celui de vivre avec les conséquences de leur propre sauvagerie, sans possibilité de rédemption, jusqu’au générique de fin.

