Ally Pankiw, réalisatrice canadienne passée par Black Mirror, The Great et Schitt’s Creek, a publié sur Instagram une capture d’écran de ses échanges avec son agent, révélant un refus catégorique de participer à la série Harry Potter produite par HBO. « It simply is this easy to say no to funding transphobia! », a-t-elle commenté, transformant un banal échange professionnel en manifeste politique. Son agent lui demandait, avec une prudence qui en dit long, si la proposition méritait d’être posée. La réponse a fusé, sans détour ni hésitation.
Kate Herron, qui a dirigé la première saison de Loki pour Marvel et travaillé sur Sex Education, a emboîté le pas en précisant avoir été sollicitée à deux reprises. « They’ve asked me twice and I’ve had to explain my answer is never gonna change from a no », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux, laissant entendre que la production cherche activement des talents de premier plan, et que certains d’entre eux lui claquent tout aussi activement la porte au nez.
Le phénomène reste rare à Hollywood, où les professionnels de l’ombre préfèrent d’ordinaire décliner en silence plutôt que de brûler publiquement des ponts avec un studio comme Warner Bros. Discovery. Que deux réalisatrices en vue choisissent de documenter leur refus sur les réseaux sociaux traduit un durcissement du rapport de force autour des positions de Rowling sur les droits des personnes transgenres, des positions devenues publiques en décembre 2019 lors de l’affaire Maya Forstater et régulièrement réaffirmées depuis.
La série avance pourtant à grande vitesse, portée par un casting qui s’étoffe semaine après semaine. Nicholas Hoult incarnera Gilderoy Lockhart, John Lithgow endossera la barbe de Dumbledore, Janet McTeer prêtera sa stature à McGonagall, Paapa Essiedu campera Snape, Nick Frost se glissera dans le manteau de Hagrid et Bel Powley jouera Tante Petunia. La première saison, adaptée de Harry Potter à l’école des sorciers, doit débarquer le 25 décembre sur HBO et HBO Max, dont le teaser officiel a déjà mis l’eau à la bouche des fans : Harry Potter and the Philosopher’s Stone | Official Teaser. Une deuxième saison, consacrée à La Chambre des secrets, est déjà commandée.
Les acteurs qui ont accepté naviguent dans des eaux nettement plus troubles que leurs personnages. Bel Powley a déclaré au Telegraph « I strongly disagree with J.K. Rowling’s views on gender. I think that the trans community deserve safety and dignity and respect and total acceptance », tout en assumant son amour pour l’univers littéraire qui a bercé son enfance. Nick Frost a résumé la situation avec un flegme très britannique, reconnaissant que ses opinions et celles de l’autrice « don’t align in any way, shape or form ». Paapa Essiedu avait, lui, déjà signé une lettre ouverte en soutien aux droits des personnes trans avant même d’accepter le rôle de Snape. John Lithgow, pour sa part, a livré des déclarations contradictoires sur le sujet… un flou qui résume bien l’embarras ambiant.
Casey Bloys, patron de HBO, a tenté de désamorcer la polémique sur le podcast The Town en rappelant que la relation commerciale avec Rowling dure depuis un quart de siècle. L’argument de la continuité a le mérite de la franchise, si ce n’est celui de la conviction. La créatrice de l’univers sorcier, sollicitée par Variety, a refusé de commenter.
Le paradoxe de cette adaptation tient tout entier dans l’écart entre la puissance de la franchise (l’une des plus lucratives de l’histoire du divertissement) et la toxicité croissante de son autrice aux yeux d’une partie de l’industrie créative. Certains fans ont recouvert leurs tatouages Poudlard, d’autres appellent au boycott. HBO parie que la nostalgie l’emportera sur l’indignation le soir de Noël. Reste à savoir combien de talents supplémentaires déclineront l’invitation avant que le Poudlard Express ne quitte définitivement le quai.

