Un mois, à peine un mois après l’achat de son Galaxy S26 flambant neuf, un habitant de l’État du Maharashtra (Inde) a vu sa cuisse et ses mains partir en flammes, littéralement, quand le flagship de Samsung a décidé de se transformer en grenade incendiaire au fond de sa poche de pantalon. L’homme, âgé d’une trentaine d’années, a été hospitalisé en urgence avec des brûlures au second degré sur le bas du corps et aux deux paumes, là où il a tenté d’arracher l’appareil en fusion de son vêtement.
Le Galaxy S26, lancé en grande pompe en février 2026 avec sa batterie lithium-ion de 4 700 mAh et son architecture thermique supposément repensée, était en veille au moment de l’incident. Pas de charge rapide en cours, pas d’exposition prolongée au soleil, pas de choc mécanique identifié. L’appareil reposait dans une poche de jean, un geste d’une banalité confondante que des centaines de millions de personnes reproduisent chaque jour sans y penser. Et c’est précisément cette banalité qui rend l’affaire si vertigineuse.
Samsung Electronics a confirmé avoir « pris connaissance de l’incident et lancé une enquête approfondie sur l’appareil concerné », selon un communiqué diffusé par sa branche indienne. Le constructeur coréen a proposé la prise en charge des frais médicaux de la victime et récupéré le terminal calciné pour analyse. La réponse, rodée, presque mécanique, rappelle un scénario que la marque connaît désormais par cœur.
Quatre incidents de batterie impliquant des smartphones Galaxy ont en effet été documentés depuis le début de l’année 2026, et cette série noire dessine une chronologie inquiétante.
En janvier, un Galaxy S25 Plus avait gonflé puis pris feu sur une table de nuit à Séoul, brûlant superficiellement son propriétaire au bras. En mai, deux épisodes se sont succédé à quelques jours d’intervalle, l’un concernant un Galaxy S24 en Allemagne (combustion spontanée pendant une session de recharge), l’autre un Galaxy S25 FE au Brésil (surchauffe extrême ayant fait fondre partiellement le châssis). Et voilà maintenant le Galaxy S26, le vaisseau amiral, le produit vitrine censé incarner le meilleur de l’ingénierie Samsung, qui vient allonger cette liste.
Le spectre du Galaxy Note 7, rappelé mondialement en 2016 après une trentaine d’incendies et interdit de vol par les compagnies aériennes, plane évidemment sur cette accumulation d’événements. Samsung avait alors identifié deux défauts distincts dans les cellules de batterie fournies par Samsung SDI et par Amperex Technology, et dépensé plus de 5 milliards de dollars pour gérer la crise. La firme de Suwon avait ensuite mis en place un protocole de contrôle qualité en huit étapes, baptisé « 8-Point Battery Safety Check », censé rendre tout emballement thermique virtuellement impossible. Neuf ans plus tard, la question se pose avec une acuité redoutable… ce protocole suffit-il encore face à des densités énergétiques toujours plus élevées ?
Les batteries lithium-ion actuelles embarquent en effet bien davantage d’énergie par centimètre cube qu’en 2016, une course à l’autonomie que tous les fabricants (Samsung, Apple, Xiaomi, Google) mènent tambour battant pour satisfaire des usagers gourmands en vidéo, en jeu et en intelligence artificielle embarquée. Or chaque gain de densité réduit mécaniquement les marges de sécurité entre les couches d’anode et de cathode, rendant le risque d’emballement thermique, du moins statistiquement, plus difficile à éliminer totalement.
Le Bureau indien de la sécurité des produits électroniques (BIS) a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire sur cet incident spécifique et demandé à Samsung de fournir les données de fabrication du lot concerné. En Corée du Sud, l’Agence de sécurité technologique (KATS) surveille la situation sans avoir, pour l’heure, ordonné de rappel. L’absence de schéma commun entre les quatre incidents (modèles différents, pays différents, conditions d’utilisation différentes) complique toute conclusion hâtive sur un défaut systémique, et Samsung peut encore plaider la dispersion statistique sur des volumes de vente dépassant les 200 millions d’unités annuelles.
La victime de Maharashtra, elle, se remet lentement de ses blessures dans un hôpital de Pune, avec des greffes de peau envisagées pour la cuisse droite. Son Galaxy S26, réduit à un amas de verre fondu et de circuits noircis, voyagera bientôt vers un laboratoire de Suwon où des ingénieurs tenteront de reconstituer la séquence exacte de l’emballement thermique. Quatre incidents en six mois ne font pas encore une crise industrielle, mais ils posent une question que Samsung ne pourra pas esquiver indéfiniment, celle de savoir si la promesse d’un smartphone toujours plus puissant et toujours plus endurant reste compatible avec un objet que l’on colle contre sa peau, chaque jour, sans peser aux risques potentiels.

