Le Play Store accueille désormais des boutiques d’applications concurrentes, mais les accueille mal. Le juge fédéral James Donato a ordonné le 14 août à Google de corriger en une semaine les « frictions anticompétitives » qui entravent l’accès aux magasins tiers depuis le Play Store, fixant une échéance au 20 août 2026.
Aptoide Games, distributeur portugais fort de quelque 25 millions d’utilisateurs actifs mensuels et d’un catalogue de plus de 40 000 applications Android, était devenu quelques jours plus tôt la première boutique rivale à réintégrer le Play Store américain après plus d’une décennie d’absence. Le retour avait été rendu possible par la décision de Google, effective depuis le 22 juin 2026, d’ouvrir son catalogue aux concurrents via le Play Catalog Access Program. Mais entre la théorie réglementaire et l’expérience utilisateur, un gouffre subsistait… et le juge Donato l’a bien mesuré.
L’avocat d’Epic Games, Yonatan Even, a livré lors de l’audience une démonstration en direct qui tenait davantage du parcours du combattant que d’une recherche d’application. Taper « store for apps » dans la barre de recherche du Play Store renvoyait vers des applications de magasins physiques. Chercher « Aptoide » ne proposait pas d’installation directe, mais un bandeau « are you looking for » redirigeant vers une page dédiée, elle-même enfouie dans les méandres de l’interface. Et lorsqu’un utilisateur finissait par dénicher la boutique convoitée, il se heurtait encore à un bouton « View » avant de pouvoir enfin atteindre le bouton « Install ». Peut-on sérieusement parler d’ouverture à la concurrence quand chaque écran intermédiaire semble conçu pour décourager ?
Le juge Donato n’a guère goûté cette mise en scène d’accessibilité. « Je veux que chaque variation de recherche, même formulée à 70 % correctement, donne un résultat pertinent », a-t-il exigé, avant d’ajouter à propos de l’écran interstitiel « are you looking for » qu’il constituait « une friction sans aucune utilité ». L’injonction est tombée, sèche et datée, avec pour seule concession la possibilité pour Google de signaler un problème technique. Les avocats de Google ont accepté les modifications.
Cette passe d’armes judiciaire prolonge un feuilleton entamé en 2020, lorsque Epic Games avait attaqué Google pour abus anticoncurrentiels dans l’écosystème Android. Un jury avait tranché en faveur d’Epic en 2023, et l’appel interjeté par Google s’était soldé par un échec. Les deux entreprises avaient pourtant conclu en mars 2026 un accord global sur de nouvelles pratiques commerciales, incluant la suppression des commissions du Play Store et la facilitation de l’installation de boutiques tierces. Le problème, manifestement, résidait dans l’exécution.
Google s’est retrouvé dans une position peu enviable, celle d’une entreprise contrainte d’héberger ses propres concurrents tout en résistant à chaque étape de l’ouverture. La firme de Mountain View avait tenté de négocier avec Epic pour maintenir les stores tiers hors du Play Store, en tout cas selon les éléments versés au dossier. Forcée d’admettre Aptoide, elle avait ensuite multiplié les couches d’interface entre l’utilisateur et l’installation effective.
Le marché américain, premier bassin d’utilisateurs d’Aptoide, pourrait enfin voir émerger une concurrence tangible sur la distribution d’applications Android si les correctifs sont effectivement déployés d’ici mercredi prochain. Pour les 25 millions d’utilisateurs mensuels d’Aptoide et les boutiques qui suivront, la question n’est plus de savoir si le Play Store s’ouvrira, mais si Google saura résister à la tentation de refermer la porte à chaque fois qu’un juge a le dos tourné.

