George Wada, président et CEO de WIT Studio, a tranché avec une franchise désarmante dans les colonnes de Mantan Web, balayant d’un revers toute ambiguïté sur la nature du projet qui électrise la planète anime depuis son annonce. The One Piece, la nouvelle adaptation du manga d’Eiichiro Oda destinée à Netflix, ne sera pas un remake de la série animée produite par Toei Animation depuis 1999, mais bel et bien un reboot intégral, reconstruit depuis l’épisode 1 avec le regard d’une époque qui connaît désormais la trajectoire complète de l’œuvre.
« Le manga original a progressé bien au-delà de ce qu’il en était lorsque l’anime télévisé a débuté », a expliqué Wada. « Aujourd’hui, nous avons une compréhension bien plus fine des développements ultérieurs et des personnages eux-mêmes. C’est depuis cette perspective moderne que nous reconstruisons tout depuis l’épisode 1… Nous faisons un reboot, pas un remake. » La nuance, loin d’être cosmétique, engage WIT Studio sur un terrain vertigineux, celui d’une relecture qui intègre vingt-cinq ans de mythologie accumulée dans chaque scène, chaque plan, chaque silhouette redessinée.
La distinction entre reboot et remake irrigue en profondeur la philosophie du projet, et Wada l’a solidement ancrée dans une ambition de conquête mondiale. « La raison pour laquelle nous prenons en charge cette nouvelle version, c’est pour amener l’œuvre aux gens à travers le monde qui ne l’ont toujours pas découverte », a-t-il précisé, ajoutant que le succès phénoménal de la série live-action Netflix avait ouvert des brèches dans des publics jusqu’ici imperméables au phénomène. Et qui pourrait le contredire ? La saison 2 du One Piece en prises de vue réelles, Into the Grand Line, affiche aujourd’hui un score critique parfait de 100 % sur Rotten Tomatoes, doublé d’un Popcornmeter à 95 %, des chiffres qui feraient pâlir n’importe quel blockbuster hollywoodien.
WIT Studio, déjà responsable de l’adaptation explosive de L’Attaque des Titans durant ses premières saisons, dispose d’un pedigree qui légitime amplement cette entreprise titanesque. Reprendre One Piece depuis le chapitre inaugural en éliminant les centaines d’épisodes de remplissage qui ont gonflé la série Toei au-delà du millier d’épisodes, c’est promettre aux néophytes un point d’entrée dégraissé, nerveux, fidèle à la vision d’Oda, et offrir aux vétérans une redécouverte saturée de sens nouveau. Chaque interaction entre Luffy et ses nakamas pourra désormais être lestée d’un poids narratif que seule la connaissance de la suite autorise.
Le premier teaser dévoilé en juin dernier avait déjà fait exploser les compteurs, confirmant une direction artistique somptueuse qui tranche avec l’esthétique historique de Toei. La fluidité de l’animation, la densité des décors, la palette chromatique réinventée, tout dans ces quelques minutes hurlait l’ambition d’un studio qui ne compte pas se contenter de retracer un parcours connu, mais de le réinventer visuellement pour une génération élevée aux standards de Demon Slayer et Jujutsu Kaisen.
Netflix concentre ainsi entre ses mains un empire One Piece à deux visages, l’un en chair et en os, l’autre en animation, chacun visant des publics qui ne se recoupent qu’en partie, et cette stratégie de tenaille pourrait bien achever de transformer la franchise d’Oda en propriété intellectuelle la plus omniprésente de la décennie. Février 2027, du moins si le calendrier tient, marquera le coup d’envoi d’une aventure que des millions de spectateurs vivront pour la toute première fois, pendant que des millions d’autres la redécouvriront avec des yeux neufs et la certitude jubilatoire que le Grand Line n’a jamais été aussi vaste.

