La machine à cash de Sam Altman tourne désormais à un rythme que personne, pas même ses rivaux les plus acharnés, n’avait anticipé aussi tôt. OpenAI génère aujourd’hui plus de 40 milliards de dollars de revenus annualisés, selon des personnes proches du dossier, un chiffre qui a tout bonnement doublé en huit mois, puisque la directrice financière Sarah Friar avait elle-même situé ce run rate au-dessus de 20 milliards fin 2025. Voilà le genre de trajectoire qui transforme un prospectus d’IPO en ticket d’or pour Wall Street.
Greg Brockman, président de la firme, a révélé en interne que le run rate avait bondi de plus de 20 % sur le seul mois de juillet, une accélération portée par trois moteurs qui rugissent en même temps. Les abonnements grand public et enterprise de ChatGPT continuent d’aspirer des millions d’utilisateurs, le produit Codex (l’agent IA dédié au code) draine une demande féroce chez les développeurs, et une activité publicitaire encore embryonnaire commence à injecter ses premiers dollars dans le pipeline. OpenAI a par ailleurs abaissé les tarifs de certains modèles pour tenir la dragée haute à Anthropic et à la cohorte grandissante de concurrents chinois, une guerre des prix qui, paradoxalement, alimente la croissance plutôt qu’elle ne l’érode.
OpenAI a déposé confidentiellement son prospectus auprès de la SEC le 8 juin, soit une semaine à peine après qu’Anthropic eut soumis le sien. Les deux géants de l’IA générative se livrent une course à la cote dont l’issue pourrait redessiner la hiérarchie du secteur. Anthropic, valorisée à 965 milliards de dollars lors de sa Série H en mai, devance sur le papier les 852 milliards obtenus par OpenAI lors de son tour de table de mars. Sam Altman vise, lui, une valorisation supérieure à 1 000 milliards de dollars pour une introduction attendue au plus tôt fin 2026, possiblement début 2027. Qui franchira la barre symbolique du trillion en premier ?
L’activité enterprise représentait environ 40 % des revenus en janvier, selon Sarah Friar, qui ambitionnait de pousser cette part vers 50 % d’ici la fin de l’année. C’est précisément là que le bât blesse… car l’équipe chargée de vendre aux grandes entreprises vient de perdre coup sur coup deux de ses piliers. Denise Dresser, directrice des revenus recrutée en décembre après plus d’une décennie chez Salesforce, a quitté son poste moins d’un an après son arrivée. Deux jours plus tôt, Brad Lightcap, vétéran de huit ans et bras droit historique d’Altman, annonçait son départ pour « commencer quelque chose de nouveau ». Dali Rajic, ancien président et COO de Wiz (cybersécurité), reprend le flambeau de la division commerciale, signe que la transition a quelque peu été préparée…
Ces remous internes surviennent au pire moment, à quelques semaines d’un roadshow où chaque slide sera scruté par des investisseurs institutionnels affamés de récits de croissance rentable. Wall Street estime qu’Anthropic a fortement rattrapé OpenAI en matière de revenus et de profitabilité cette année, ce qui rend chaque point de marge et chaque dollar de run rate d’autant plus stratégique pour justifier une valorisation à treize chiffres. Anthropic pourrait mener son IPO dès octobre, forçant OpenAI à calibrer son propre timing avec une précision d’horloger.
Quarante milliards de dollars annualisés, c’est davantage que le chiffre d’affaires annuel de Salesforce il y a trois ans, davantage que ce que Netflix engrangeait avant la pandémie, et OpenAI n’a même pas encore quatre ans d’existence commerciale véritable. La firme de San Francisco prouve que l’IA générative peut produire des revenus récurrents à une échelle que la Silicon Valley n’avait jusqu’ici connue qu’avec le cloud et les réseaux sociaux. Reste à savoir si cette fusée gardera sa trajectoire une fois que les projecteurs de la Bourse de New York auront remplacé le confort feutré du capital-risque.

