Le chef-d’œuvre halluciné de Satoshi Kon, ce thriller psychologique qui a dynamité les codes de l’animation japonaise en 1997, rejoindra officiellement le catalogue Netflix le 1er septembre 2026, en version doublée et sous-titrée. Vingt-neuf ans après sa sortie en salles, Perfect Blue s’apprête à contaminer une nouvelle génération de spectateurs, ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de plonger dans le vertige identitaire de Mima Kirigoe, ex-idol pop aspirée par la spirale de la paranoïa et du dédoublement.
Mima Kirigoe quitte la scène pop pour se réinventer comédienne, accepte un rôle dans un drama aux scènes violentes, pose pour un book de nus provocateurs, et voit sa vie se disloquer sous la pression d’un stalker, d’un double fantomatique et d’une série de meurtres inexpliqués. « Did I kill them? », se demande-t-elle tandis que la frontière entre réalité et psychose s’efface totalement. Produit par le studio Madhouse (celui-là même qui a enfanté Ninja Scroll et Paprika), le film constituait le tout premier long-métrage de Kon, alors âgé de 34 ans, et portait déjà en lui l’ADN obsessionnel de toute son œuvre future… une œuvre brutalement interrompue par sa disparition en 2010, à 46 ans seulement.
L’influence de Perfect Blue sur le cinéma mondial reste proprement vertigineuse. Darren Aronofsky a acquis les droits de remake du film pour pouvoir en reproduire une scène dans Requiem for a Dream (2000), et les échos visuels avec Black Swan (2010) sont si frappants qu’ils alimentent encore aujourd’hui les débats parmi les cinéphiles. Christopher Nolan lui-même a cité Kon comme une source d’inspiration pour la construction labyrinthique d’Inception. L’arrivée du film sur une plateforme comptant plus de 280 millions d’abonnés dans le monde va donc bien au-delà d’un ajout de catalogue, elle propulse un objet culte, longtemps cantonné aux cercles d’initiés et aux éditions physiques collectors (VHS, DVD, Blu-Ray, et plus récemment un somptueux 4K UHD), dans le flux mainstream de la consommation audiovisuelle planétaire.
Netflix n’est d’ailleurs peut-être pas la seule plateforme à viser ce joyau du patrimoine animé. Un accord entre le distributeur Anime Limited et Disney+ pourrait également rendre le film disponible sur la plateforme concurrente dans la même période, signe que les ayants droit mesurent désormais pleinement le potentiel commercial d’un titre qui, pendant des décennies, a circulé dans une semi-confidentialité paradoxale, adulé par les connaisseurs et quasi invisible pour le grand public.
Ce qui frappe, quand on revoit Perfect Blue aujourd’hui, c’est à quel point ses thématiques résonnent avec une acuité presque prophétique dans l’ère des réseaux sociaux, du parasocial poussé à l’extrême et de l’identité numérique fragmentée. Kon avait saisi, dès 1997, la toxicité potentielle de la relation fan-célébrité, l’effacement de la frontière entre persona publique et personne privée, la violence sourde du regard collectif posé sur un corps de femme qui ose se réinventer. Le film interroge, en tout cas, ce que signifie « être soi » quand des milliers d’inconnus prétendent vous connaître mieux que vous-même.
La date du 1er septembre 2026 est d’ores et déjà consultable dans la section « Coming Soon » de l’application Netflix, où les abonnés peuvent ajouter le titre à leur liste de rappel. Pour les amateurs d’animation qui n’ont encore jamais vu ce film, le rendez-vous est pris. Et pour ceux qui le connaissent par cœur, qui ont usé leurs copies jusqu’à la trame, le revoir sur grand écran de salon avec le son remasterisé promet une expérience renouvelée, celle d’un cauchemar éveillé dont on ne ressort jamais tout à fait indemne.

