Samsung vient d’arracher à la FDA américaine le feu vert qui transforme ses Galaxy Buds en véritables prothèses auditives en vente libre, et propulse ainsi des écouteurs grand public dans le territoire jusqu’ici verrouillé de l’audioprothèse médicale. L’annonce, tombée ce 11 août 2026, concerne les Galaxy Buds3 Pro et Galaxy Buds4 Pro, qui embarqueront dès le quatrième trimestre 2026 deux fonctions intégrées directement dans les réglages du téléphone, sans application tierce à installer.
1,5 milliard de personnes souffrent aujourd’hui de perte auditive dans le monde selon l’OMS, un chiffre qui pourrait grimper à 2,5 milliards d’ici 2050, et pourtant la grande majorité d’entre elles ne porte aucun appareillage. La raison est aussi vieille que l’industrie elle-même : le prix. Une paire d’aides auditives sur ordonnance coûte couramment plusieurs milliers de dollars, un montant qui décourage même les patients diagnostiqués. Samsung s’engouffre dans la brèche ouverte en 2022 par la réglementation OTC (over-the-counter) de la FDA, qui permet la vente libre d’appareils destinés aux pertes légères à modérées, et propose une alternative à une fraction du coût.
Le parcours utilisateur tient en cinq minutes chrono, montre en main. Un test auditif auto-administré, baptisé Hearing Test, utilise une audiométrie tonale que Samsung qualifie de « grade clinique » pour sonder chaque oreille séparément et générer un audiogramme comparable à celui d’un cabinet d’audiologie. Les résultats classent l’audition en cinq catégories (normale, légère, modérée, sévère, profonde) et alimentent ensuite la fonction Hearing Aid, qui amplifie sélectivement les fréquences déficientes, notamment les hautes fréquences, les chuchotements et les voix lointaines. Le tout repose sur NAL-NL2, la formule de prescription utilisée mondialement par les audioprothésistes pour ajuster les appareils sur ordonnance, développée par les National Acoustic Laboratories australiens.
Samsung a d’ailleurs solidement blindé la crédibilité scientifique de son dispositif en s’appuyant sur des études cliniques menées à Vanderbilt University Medical Center, à San Jose State University et à l’University of Memphis, en collaboration avec le Samsung Medical Center de Séoul. Les Buds intègrent aussi des fonctions héritées des aides auditives premium, dont l’élimination du bruit ambiant et le beamforming, cette technologie de focalisation acoustique qui isole les sons provenant de face pour rendre une conversation en milieu bruyant enfin intelligible. Les données de santé auditive, y compris l’exposition au bruit et les résultats du test, sont ensuite centralisées dans Samsung Health.
La comparaison avec Apple s’impose d’elle-même, et Samsung le sait pertinemment. Cupertino avait déjà obtenu une autorisation similaire de la FDA pour ses AirPods Pro 2, puis étendu la fonction aux AirPods Pro 3, avec un test auditif et une aide auditive OTC accessibles depuis un iPhone ou un iPad. Samsung réplique désormais dans l’écosystème Android, avec une contrainte identique en miroir : la fonction nécessite un smartphone Galaxy sous One UI 8 ou version ultérieure. Deux géants, deux jardins clos, et au milieu… des millions de malentendants sommés de choisir leur camp technologique pour accéder à une aide auditive abordable.
La fonction est strictement réservée aux adultes de 18 ans et plus présentant une perte auditive légère à modérée perçue. Samsung insiste lourdement, et à raison, sur le fait que ses Buds ne constituent en aucun cas un substitut à un diagnostic ou un traitement professionnel. Une perte sévère ou profonde détectée par le test devrait logiquement orienter l’utilisateur vers un audiologiste, pas vers un réglage d’écouteurs. Le déploiement se limitera dans un premier temps aux États-Unis et à « certains marchés approuvés », sans que Samsung ne précise lesquels, laissant l’Europe dans l’expectative réglementaire.
La trajectoire de Samsung dans ce domaine ne date pas d’hier, puisque le constructeur coréen avait déjà intégré une fonction d’amplification sonore personnelle (PSAP) sur ses Galaxy Buds+ dès 2020, validée cliniquement l’année suivante. Six ans de maturation, de partenariats académiques et d’itérations technologiques aboutissent aujourd’hui à un produit qui pourrait, du moins aux États-Unis, démocratiser l’accès à la compensation auditive pour des millions de personnes qui n’auraient jamais poussé la porte d’un audioprothésiste. Reste à savoir si un test de cinq minutes dans son salon vaudra jamais la précision d’une cabine audiométrique, ou si cette commodité nouvelle finira par convaincre ceux qui, jusqu’ici, préféraient ne rien entendre plutôt que de payer le prix fort.

