Kevin Feige a attendu la nuit du 14 au 15 août, devant le parterre du D23 à Anaheim, pour abattre la carte que le MCU gardait en réserve depuis le rachat de la Fox en 2019. Les X-Men débarquent enfin dans l’univers Marvel Studios, portés par un casting qui mêle étoiles montantes et visages déjà bien installés, et pilotés par Jake Schreier, le réalisateur de Thunderbolts.
Adam Driver, apparu en vidéo depuis un lieu non précisé, endossera le rôle de Nathaniel Essex, alias Mr. Sinister, le généticien obsessionnel qui manipule les mutants depuis les coulisses des comics depuis 1987. L’acteur, longtemps pressenti pour incarner Magneto selon des rumeurs désormais balayées, a livré une formule sobre « Kevin et moi discutons depuis des années de mon arrivée dans le MCU, nous avons trouvé quelque chose de parfait avec des personnages qui me touchent profondément ». Le choix de Sinister plutôt que de Magneto comme antagoniste inaugural trahit sans doute une volonté de Feige de ne pas rejouer la partition des films Fox, où Erik Lehnsherr monopolisait la fonction de vilain charismatique.
Sadie Sink, qui avait déjà enfilé le costume de Jean Grey le mois dernier dans Spider-Man: Brand New Day, conserve logiquement le rôle et ancre la continuité du MCU. À ses côtés, Kit Connor (révélé par Heartstopper) incarnera Cyclope, tandis que Samara Weaving héritera de l’armure blanche d’Emma Frost, la télépathe au double jeu permanent. Christopher Abbott, nommé aux Tony Awards pour Death of a Salesman, prêtera ses traits au Professeur Xavier, un choix qui privilégie la densité dramatique à la notoriété immédiate, loin du magnétisme patriarcal de Patrick Stewart.
Inde Navarrette, que le public connaît grâce à Obsession, tiendra le rôle de Rogue, enterrant au passage les rumeurs qui plaçaient Cailee Spaeny dans le costume de l’héroïne du Sud. Maya Boyd, issue du Broadway (& Juliet), complète le tableau en Storm, Ororo Munroe. Sept noms sur scène, et Feige a pris soin de préciser que la liste restait incomplète… Ni Wolverine ni Magneto n’ont été mentionnés, deux absences trop voyantes pour être innocentes.
Le film est programmé pour le 5 mai 2028, troisième long-métrage Marvel confirmé cette année-là avec Black Panther 3 (15 décembre) et Ghost Rider. Neuf ans se seront alors écoulés depuis que Disney a mis la main sur le catalogue Fox, neuf ans de patience calculée pendant lesquels Feige a distillé les allusions aux mutants sans jamais ouvrir franchement la porte. Le tweet officiel de Marvel Studios a d’ailleurs joué la carte du mystère en désignant Driver sous le nom de « Nathaniel Milbury », l’un des alias victoriens de Mr. Sinister, un clin d’œil que seuls les lecteurs assidus des comics de Chris Claremont auront décodé au vol.
Le choix de Jake Schreier à la réalisation confirme la stratégie maison, qui consiste à promouvoir en interne les cinéastes ayant déjà fait leurs preuves dans le système Marvel plutôt que de recruter un auteur extérieur susceptible de tirer la couverture à lui. Schreier connaît la machine, ses contraintes de production et ses impératifs de continuité narrative. Reste à savoir si cette prudence industrielle suffira à redonner aux X-Men l’éclat que la saga Fox avait fini par ternir à force de chronologies contradictoires.
Stan Lee et Jack Kirby ont créé ces mutants en 1963 pour parler de discrimination sous couvert de super-pouvoirs. Soixante-cinq ans plus tard, le MCU parie sur un généticien victorien obsédé par l’évolution pour relancer le propos, et sur un casting qui, du moins sur le papier, possède suffisamment de relief pour ne pas être écrasé par le poids de la nostalgie.

