Jack Reacher a posé le pied dans le métro new-yorkais le 12 août 2026, et le wagon n’a pas survécu au voyage. La quatrième saison de Reacher, disponible depuis cette date sur Prime Video, adapte Gone Tomorrow, treizième roman de Lee Child, et propulse le colosse incarné par Alan Ritchson dans un engrenage où la politique, les crimes de guerre et les opérations fantômes de la CIA remplacent les habituelles embuscades de campagne américaine. Huit épisodes, trois lâchés d’un coup à la première, puis un rendez-vous hebdomadaire chaque mercredi jusqu’au 16 septembre, le tout orchestré par le showrunner Nick Santora, qui semble avoir décidé de troquer les fusillades balistiques contre des combats au couteau d’une violence viscérale, presque chirurgicale. La bande-annonce officielle de la saison 4 donne le ton.
L’intrigue démarre sur un hasard qui n’en est évidemment pas un. Une inconnue au regard désespéré croise Reacher dans une rame de métro, et leur rencontre tourne au drame avant même que les portes ne se referment. Le suicide apparent de cette femme ouvre une brèche dans laquelle l’ancien policier militaire s’engouffre avec sa délicatesse habituelle (c’est-à-dire aucune), découvrant une conspiration tentaculaire impliquant des figures de l’armée, du gouvernement fédéral et de Langley. Pour la première fois en quatre saisons, Reacher doit composer avec l’image publique, les enjeux diplomatiques et les conséquences géopolitiques de ses poings. Le commentaire politique, centré sur l’implication américaine dans des exactions à l’étranger, confère à cette saison une densité thématique que les précédentes n’avaient jamais effleurée.
Alan Ritchson est bien entouré, et le casting réserve quelques surprises savoureuses. Chris Marquette, dans le rôle de Jacob Merrick, un flic de petite ville et frère de la victime, s’impose comme la révélation de la saison selon plusieurs critiques anglo-saxons. Sydelle Noel incarne Tamara Green, tandis que la chanteuse indonésienne Agnez Mo et la Franco-Indonésienne Anggun (oui, celle d’Anggun) prêtent leurs traits aux sœurs Hoth, Lila et Amisha, antagonistes au cœur du complot. Kevin Weisman, Kevin Corrigan et Kathleen Robertson complètent un ensemble qui donne à cette saison un parfum d’internationalisation bienvenu.
Les premières critiques dessinent un consensus globalement enthousiaste, avec des nuances qui méritent qu’on s’y attarde. Le site RogerEbert.com y voit potentiellement la meilleure saison de la série, The Times salue un divertissement jouissif, et TheWrap estime que la saison 4 « élève les sommets de la saison 3 avec une proposition différente, tout aussi efficace et palpitante ». Les scènes de combat, désormais orientées corps-à-corps et lames, sont unanimement célébrées pour leur brutalité chorégraphiée, plus élaborée que jamais. Slashfilm assume pleinement le qualificatif de junk-food entertainment réussi, ce qui, dans la bouche d’un critique, sonne davantage comme un compliment que comme une condescendance.
Tout le monde ne partage pourtant pas cette ferveur. Screen Rant pointe une première moitié qui peine à trouver son rythme avant de décoller dans la seconde, The Daily Beast détecte les premiers signes d’usure d’une formule qui tourne depuis 2022, et The Playlist se montre franchement sévère, évoquant une écriture et un jeu d’acteur « parfois gênants à regarder ». FandomWire regrette de son côté des méchants trop fades, un ton trop sérieux qui étouffe le plaisir coupable des saisons précédentes… La série, en gagnant en gravité politique, aurait-elle perdu une part de son insouciance musculaire ?
La question se posera sans doute encore longtemps, puisque Prime Video a déjà renouvelé Reacher pour une cinquième saison, annoncée dès mai 2026 et confirmée lors de la San Diego Comic-Con. Elle adaptera Make Me, vingtième roman de Child, poursuivant ainsi la logique d’adaptation non chronologique qui fait sauter la série d’un tome à l’autre (après Killing Floor, Bad Luck and Trouble et Persuader pour les trois premières saisons). Le message envoyé aux abonnés est limpidement commercial, pour ne pas dire stratégique.
Reste qu’en 2026, Reacher occupe sur Prime Video la place qu’occupait jadis Jack Ryan, celle du blockbuster viril et calibré qui justifie à lui seul un abonnement pour des millions de spectateurs à travers le monde. Alan Ritchson, avec ses 196 centimètres et son regard de pitbull philosophe, a définitivement fait oublier Tom Cruise dans le rôle, et cette saison 4, en poussant le curseur vers le thriller politique gore, tente un pari qui divise la critique mais qui pourrait bien fédérer le public le plus large que la série ait jamais connu.

