Quinze ans après avoir sombré dans les limbes du délistage numérique, l’action-RPG coopératif de Snowblind Studios a ressurgi ce mardi 11 août 2026 sur toutes les plateformes modernes, sans la moindre annonce préalable, sans teaser, sans compte à rebours. Un shadow drop au sens le plus pur du terme, orchestré par Aspyr, le studio texan déjà rompu à l’exercice de la résurrection vidéoludique grâce à son long catalogue de remasters Star Wars. Un trailer de lancement officiel accompagne la résurrection.
War in the North, pour ceux qui l’auraient oublié (ou jamais croisé, tant sa fenêtre de tir commerciale fut désastreuse en novembre 2011, coincé entre Modern Warfare 3 et un certain Skyrim), proposait de vivre la Guerre de l’Anneau depuis le front septentrional de la Terre du Milieu, là où un Númenóréen Noir nommé Agandaûr rassemblait les hordes de Sauron dans les ruines de Fornost. Trois héros jouables, un Rôdeur dúnedain, une Maîtresse du Savoir elfique et un Champion nain, formaient une Communauté parallèle à celle de Frodon, croisant la route d’Aragorn, Gandalf ou Elrond au fil d’une campagne résolument plus sombre et sanguinolente que tout ce que la licence avait osé jusque-là. Premier jeu Le Seigneur des Anneaux classé Mature, il avait ouvert la voie à la brutalité décomplexée de L’Ombre du Mordor trois ans plus tard.
La Legacy Edition débarque sur PS5, Xbox Series X|S, Nintendo Switch, Switch 2 et PC (via Steam) au tarif de lancement de 17,99 dollars jusqu’au 25 août, avant de grimper à 19,99 dollars. Le prix d’un ticket d’entrée pour la nostalgie, en somme. Côté améliorations, Aspyr a poussé le framerate à 60 images par seconde, corrigé une flopée de bugs hérités de l’édition originale et greffé des ajustements de confort qui manquaient cruellement à l’époque, dont un verrouillage de cible sur les ennemis (enfin !), la possibilité de basculer à la volée entre les trois personnages sans repasser par un menu, des emplacements de sauvegarde supplémentaires, une sauvegarde automatique, ainsi que le support gyroscopique sur PS5 et Switch. Le mode coopératif reste bien évidemment au cœur de l’expérience, jouable à trois en ligne ou à deux en écran partagé.
Ruth Tomandl, productrice du jeu original, décrivait à l’époque l’ambition narrative du projet avec un enthousiasme non dissimulé : « Vous rencontrez des personnages familiers ainsi que des personnages entièrement nouveaux, et certains issus des livres qui n’étaient pas dans les films, ce qui nous donne vraiment le meilleur de tous les mondes possibles. » Cette promesse d’un récit ancré dans le légendaire tolkiénien tout en s’émancipant des sentiers battus par Peter Jackson confère encore aujourd’hui à War in the North une identité singulière dans la galaxie des adaptations vidéoludiques de la Terre du Milieu.
Le jeu avait pourtant été accueilli avec une tiédeur polie en 2011, récoltant un score Metacritic de 61 sur Xbox 360 (un peu plus généreux sur PC, à 66), et la critique lui reprochait un manque d’audace, un level design parfois terne, des combats qui tournaient à la routine. Mais le temps a exercé son étrange alchimie… Une communauté fidèle n’a cessé de défendre ce titre, célébrant sa coopération à trois joueurs, son atmosphère de Terre du Milieu en guerre totale et ses séquences où l’on pouvait invoquer Beleram, un Grand Aigle, pour décimer les rangs ennemis depuis les cieux. Le fait que le jeu soit devenu totalement introuvable en version dématérialisée depuis 2019 n’a fait qu’amplifier cette aura de curiosité culte.
Aspyr a par ailleurs glissé dans son communiqué de presse une phrase qui a immédiatement enflammé les forums et les réseaux : « Les fans peuvent s’attendre à encore plus de rééditions classiques de la franchise bien-aimée dans le futur. » Aucun titre n’a été spécifié, mais la perspective de revoir Le Retour du Roi ou Le Seigneur des Anneaux : Conquest sur du matériel contemporain suffit à faire palpiter toute une génération de trentenaires biberonnés aux tie-in games d’EA. La question des droits, partagés entre Warner Bros. (éditeur de War in the North) et Electronic Arts (éditeur des adaptations des années 2000), pourrait toutefois compliquer sérieusement l’affaire.
Et si cette Legacy Edition n’était, en définitive, que le premier coup de clairon d’une reconquête méthodique du catalogue vidéoludique tolkiénien par Aspyr, qui sait combien de trésors oubliés pourraient encore franchir les portes de Fornost ?

