Scott Summers a désormais un visage, et c’est celui d’un jeune Britannique de vingt ans qui a conquis Netflix en embrassant des garçons dans une série adolescente. Kit Connor, révélé par Heartstopper puis salué pour sa performance dans Warfare, serait le choix de Marvel Studios pour incarner Cyclope dans le reboot tant attendu des X-Men, selon les informations rapportées par Deadline et confirmées par plusieurs médias américains ce 6 août 2026.
Jake Schreier, le réalisateur déjà aux commandes de Thunderbolts**, aurait rencontré avec Kevin Feige une ribambelle de candidats avant de s’arrêter sur Connor, un acteur dont la trajectoire fulgurante (du théâtre londonien avec Romeo & Juliet jusqu’à l’adaptation cinématographique d’Elden Ring*) traduit une ambition qui dépasse largement le cadre du teen drama. Le choix est audacieux, presque provocateur… et c’est précisément ce qui le rend fascinant. Confier les lunettes à quartz rubis du leader mutant le plus rigide de l’univers Marvel à un comédien associé à la douceur et à la vulnérabilité sentimentale, voilà qui promet un Scott Summers radicalement différent de ses prédécesseurs.
Car Cyclops traîne derrière lui un héritage cinématographique contrasté. James Marsden l’avait incarné dans la trilogie originale de Bryan Singer (2000, 2003, 2006) avec une prestance un peu effacée, perpétuellement éclipsé par le magnétisme animal de Hugh Jackman en Wolverine. Tye Sheridan avait ensuite repris le flambeau dans X-Men: Apocalypse et Dark Phoenix, deux films qui n’ont convaincu ni la critique ni le box-office. Marsden reviendra d’ailleurs enfiler le costume une dernière fois dans Avengers: Doomsday, prévu le 18 décembre prochain, aux côtés de Patrick Stewart et Ian McKellen, pour ce qui s’annonce comme un grand baroud d’honneur de la génération Fox.
L’équipe mutante du MCU prend forme avec une cohérence générationnelle qui mérite qu’on s’y attarde. Samara Weaving (la survivante jubilatoire de Ready or Not) a été associée au rôle d’Emma Frost, la télépathe diamantaire créée par Chris Claremont et John Byrne. Sadie Sink, elle, a déjà fait ses débuts en Jean Grey dans Spider-Man: Brand New Day, posant les fondations narratives du film X-Men à venir. Trois acteurs nés entre 2000 et 2004, trois visages issus de franchises culturellement dominantes (Heartstopper, Stranger Things, Ready or Not), et qui n’ont en commun aucune école stylistique. Feige semble vouloir un casting éclaté, hétérogène, qui refuse la fadeur d’un ensemble trop homogène.
Le détail savoureux, c’est que Connor rejoint ainsi son partenaire de Heartstopper, Joe Locke, au sein du MCU. Locke avait déjà fait ses preuves en Billy Maximoff dans la série Disney+ Agatha All Along en 2024. Et qui pourrait oublier que le personnage de Nick Nelson, joué par Connor dans la série de Netflix, est lui-même un fan déclaré de Marvel dans la fiction ? La boucle se referme avec une ironie délicieuse.
Inde Navarrette, révélation de la série Obsession, a par ailleurs publiquement déclaré avoir rencontré Schreier et exprimé son intérêt pour le rôle de Mystique, la métamorphe bleue. Le casting continue donc de s’étoffer, et chaque nouvelle pièce du puzzle dessine les contours d’un projet qui ne cherche manifestement pas à reproduire la formule Fox.
Kevin Feige avait confié à Entertainment Weekly en 2024 que « toute l’histoire de Secret Wars nous conduit véritablement vers un nouvel âge des mutants et des X-Men ». Disney prépare ce terrain depuis l’acquisition des actifs de la Fox en 2019, avec des incursions progressives (les mutants de Deadpool & Wolverine en 2024, l’apparition de Jean Grey dans le dernier Spider-Man) qui ressemblent davantage à une campagne militaire qu’à un plan marketing.
Le reboot X-Men devrait débarquer après Avengers: Secret Wars, ce qui place sa sortie au plus tôt en 2028. D’ici là, la question qui brûle toutes les lèvres reste entière, du moins pour les puristes : qui enfilera le casque de Magneto, et surtout, qui osera s’asseoir dans le fauteuil roulant de Charles Xavier ?

