Le patron de Disney a concédé lors de la dernière conférence de résultats trimestriels ce que les chiffres criaient depuis des semaines. Josh D’Amaro, qui a succédé à Bob Iger à la tête du groupe cette année, a qualifié les performances en salles de The Mandalorian & Grogu et du remake live-action de Moana de résultats en deçà des attentes, tout en s’empressant de rappeler que le box-office ne résume pas la valeur d’une franchise Disney.
345 millions de dollars de recettes mondiales pour le film de Jon Favreau, c’est le score le plus bas jamais enregistré pour un long-métrage Star Wars en prises de vues réelles, un gouffre vertigineux par rapport au milliard franchi par The Rise of Skywalker et The Last Jedi. Le film avait ouvert sur un week-end de Memorial Day à 81 millions domestiques (98 millions sur la période élargie), un démarrage déjà bien tiède pour une saga qui fut jadis synonyme d’événement culturel planétaire. Quant à Moana, la situation est plus douloureuse encore. Avec 263 millions de dollars engrangés à l’échelle mondiale contre un budget de production estimé à 250 millions, le film pourrait selon certaines estimations faire perdre jusqu’à 100 millions de dollars au studio sur sa seule exploitation en salles. Les deux titres réunis n’atteignent même pas les 691 millions récoltés par The Devil Wears Prada 2, sorti quelques semaines plus tôt sous la bannière 20th Century Studios.
D’Amaro a toutefois déployé l’argumentaire désormais rodé du « flywheel » Disney, cette roue vertueuse où chaque propriété intellectuelle irrigue parcs, produits dérivés, jeux vidéo et streaming. « Même quand nos films de franchise ne répondent pas à nos attentes au box-office, nos investissements dans ces propriétés alimentent d’autres branches de l’entreprise », a-t-il déclaré aux investisseurs. The Mandalorian & Grogu aurait ainsi dopé les ventes de jouets Star Wars (Baby Yoda reste une machine à peluches), stimulé la fréquentation de l’attraction Millennium Falcon à Disneyland et Walt Disney World, et généré un engagement fort dans le jeu vidéo. Le remake de Moana, lui, est promis à une seconde vie sur Disney+, la version animée originale étant l’un des films les plus regardés de l’histoire de la plateforme.
Hugh Johnston, directeur financier du groupe, a enfoncé le clou avec une franchise désarmante. « La fenêtre de sortie en salles n’est, à bien des égards, qu’un point de données parmi d’autres, et la vraie valeur de cette propriété intellectuelle réside dans le bénéfice cumulé de décennies de narration », a-t-il expliqué, ajoutant que la diversification de Disney permet d’absorber la volatilité inhérente au cinéma. Le communiqué aux investisseurs résumait la philosophie en une formule soignée, évoquant une « création de valeur au-delà de l’exploitation en salles ».
L’argument du portefeuille diversifié tient sans doute mieux pour The Mandalorian & Grogu, produit pour 165 millions de dollars, que pour Moana, dont le gouffre financier en salles est autrement plus profond et les leviers de compensation (merchandising, attractions) moins évidents. Peut-on vraiment combler un trou de 100 millions de dollars avec des streams sur Disney+ et quelques figurines ? La question reste en suspens… D’autant que Moana 2, le film d’animation sorti fin 2024, avait franchi le cap du milliard, rendant la contre-performance de son adaptation live-action d’autant plus embarrassante.
Disney a en tout cas rapidement orienté la conversation vers des horizons plus radieux. D’Amaro a félicité Sony, Kevin Feige et Marvel Studios pour le triomphe de Spider-Man: Brand New Day, y voyant un signal encourageant pour Avengers: Doomsday, attendu le 18 décembre. Toy Story 5, avec son milliard de recettes mondiales, prouve par ailleurs que le public se déplace encore massivement en salles quand l’offre le justifie. Le problème de Disney n’est donc pas structurel. Il est chirurgical, et concerne la capacité du studio à distinguer les franchises qui méritent un retour sur grand écran de celles qui prospèrent mieux ailleurs.
Star Wars n’est plus automatiquement un événement de box-office, et les remakes live-action, après une décennie dorée ayant rapporté 7 milliards de dollars entre 2010 et 2019, montrent des signes d’essoufflement. Le prochain test sera Star Wars: Starfighter avec Ryan Gosling l’an prochain. Si le flywheel Disney tourne encore, certaines de ses pales commencent à grincer.

