Le projet portait un nom de scène aussi provocateur que prometteur, « Heckler », et devait transporter l’univers meurtrier de Squid Game dans le monde anglophone sous la houlette de David Fincher, le perfectionniste obsessionnel derrière Mindhunter et Zodiac. Netflix a pourtant décidé de tirer un trait définitif sur cette série dérivée, révèle The Playlist ce 7 août 2026, enterrant ainsi l’un des projets les plus fantasmés de la plateforme depuis l’explosion planétaire de la franchise sud-coréenne en 2021.
Dennis Kelly, le créateur britannique de la série culte Utopia (que Fincher devait déjà adapter pour HBO avant que le projet ne capote), était solidement attaché à l’écriture de « Heckler », et le tournage avait même été envisagé au Royaume-Uni avant qu’un listing sur le site de la Film and Television Industry Alliance, en novembre 2025, ne relocalise l’ensemble à Los Angeles sous le titre « Squid Game: America », avec un début de production prévu en février 2026. Février est passé, les caméras ne se sont jamais allumées, et le silence qui a suivi ressemblait déjà furieusement à un enterrement de première classe.
Les raisons de cet abandon s’empilent comme autant de strates dans une bureaucratie du divertissement devenue tentaculaire. Netflix a connu un remaniement de ses cadres dirigeants, le processus de développement s’est enlisé dans une lenteur que même les plus patients des showrunners peinent à supporter, et Fincher s’est trouvé happé par un autre projet titanesque sur la plateforme, The Adventures of Cliff Booth, long-métrage écrit par Quentin Tarantino avec Brad Pitt en tête d’affiche, dont le tournage est prévu d’ici la fin de l’année. Quand Tarantino vous tend un scénario et que Pitt décroche le téléphone, même un spinoff de la plus grande série originale de l’histoire de Netflix passe sans doute au second plan.
La stratégie du géant du streaming a par ailleurs opéré un virage géopolitique fascinant, privilégiant désormais des déclinaisons locales de Squid Game dans différents marchés internationaux plutôt qu’un unique produit anglo-saxon à gros budget. Plutôt que de concentrer toute l’énergie créative sur une seule adaptation américaine, Netflix mise sur la multiplication des versions nationales, un pari qui reflète la montée en puissance des audiences non anglophones et la volonté de reproduire le miracle coréen original dans chaque territoire. L’ère du « tout-Hollywood » comme locomotive universelle semble, du moins pour cette franchise, bel et bien révolue.
Le caméo électrisant de Cate Blanchett à la fin de la saison 3, où elle incarnait une recruteuse américaine opérant à Los Angeles, avait alimenté toutes les spéculations… mais l’actrice australienne n’a jamais été rattachée au projet « Heckler », et la production ne s’est à aucun moment développée autour de sa participation. Blanchett avait pourtant déclaré être « extrêmement ouverte » à un retour dans l’univers de Squid Game, une porte que Netflix a choisi de ne pas franchir. Le créateur Hwang Dong-hyuk avait de son côté confirmé que la troisième saison marquait la conclusion définitive de l’arc narratif qu’il avait imaginé, verrouillant ainsi le récit originel avec une fermeté qui ne laissait guère de place à l’ambiguïté.
Netflix conserve entre ses mains la franchise de divertissement la plus colossale jamais née sur sa plateforme, celle qui a redéfini ce qu’une série non anglophone pouvait accomplir à l’échelle mondiale, et choisit pourtant de renoncer à son extension la plus spectaculaire sur le sol américain. Que Fincher finisse par revenir un jour dans cet univers ou que « Heckler » reste à jamais un fantôme dans les archives de développement de la plateforme, une chose est certaine : la prochaine fois que des joueurs enfileront le survêtement vert numéroté, ils ne parleront probablement pas anglais.

