Alerte spoilers : cet article revient sur le retournement majeur du premier épisode de « Lanterns ». Si vous n’avez pas encore vu le pilote, passez votre chemin ou lisez seulement la première partie.
La première série télévisée du DCU de James Gunn a débarqué dimanche soir sur HBO et HBO Max avec un coup de théâtre que personne n’attendait aussi tôt, et un Tomatometer grimpé à 94% en quelques heures. « Lanterns », polar cosmique en sept épisodes classé R, ne ressemble à rien de ce que DC a produit pour le petit écran. Kyle Chandler y incarne un Hal Jordan bavard, drôle, cabossé, dans un pilote qui ne ménage pas son héros. L’épisode inaugural, disponible en intégralité, se termine sur un événement qui bouleverse durablement l’équilibre de la série.
Le twist frappe d’autant plus fort qu’il structure toute l’architecture narrative de la saison. L’épisode inaugural fonctionne sur deux timelines distinctes, 2016 et 2026, entre lesquelles dix années de silence se sont glissées. En 2016, Hal Jordan recrute le jeune John Stewart (Aaron Pierre, magnétique dans le rôle) comme apprenti Green Lantern à Rushville, Nebraska, pour enquêter sur un massacre lors d’un match de football lié à une présence extraterrestre. En 2026, John Stewart revient sur les lieux, plus vieux, plus dur, et se retrouve confronté au destin tragique de son ancien mentor, aux côtés du Sheriff Kerry Kane (Kelly Macdonald). Deux époques, deux mystères entrelacés, dont la teneur pèse sur chaque scène à venir.
Damon Lindelof, co-créateur de la série avec Chris Mundy (« Ozark ») et le scénariste de comics Tom King, savait que le pari était risqué. « Ils ne nous laisseront jamais faire ça », a-t-il confié en évoquant la genèse du twist. L’idée n’était pourtant ni gratuite ni provocatrice. Lindelof compare la mécanique narrative à celle du film « Ghost » de Jerry Zucker, où Patrick Swayze disparaît dès le premier acte sans que le film cesse d’être une histoire d’amour. Un sort similaire frappe Hal Jordan dans le pilote plutôt qu’en finale de saison, choix qui relevait selon lui d’un impératif éthique autant que dramaturgique, pour éviter le piège du « clickbait exploitatif » et recentrer le récit sur John Stewart. Kyle Chandler, de son côté, a immédiatement embrassé le concept. « L’hameçon est là dès le départ, et on plonge dans le mystère », a déclaré l’acteur, qui continue d’apparaître à travers un « Halogramme », conscience de secours encodée dans l’anneau de pouvoir.
La critique américaine a très largement salué ce premier épisode et les suivants mis à disposition de la presse. Felipe Rangel de Screen Rant y voit « la meilleure série DC live-action pour beaucoup de spectateurs », tandis que Brian Tallerico, sur RogerEbert.com, la qualifie de « succès immédiatement addictif ». Nick Schager du Daily Beast résume le sentiment dominant avec une formule qui en dit long sur les attentes accumulées depuis le reboot du DCU par James Gunn et Peter Safran : « Après un démarrage chaotique, l’univers DC décroche enfin une victoire authentique. » La comparaison qui revient le plus souvent dans les papiers du week-end, « True Detective : Extraterrestrial », traduit bien le positionnement de la série, de loin l’entrée la plus terrestre, la plus sombre et la plus intimiste de cette jeune franchise.
L’ADN de « Lanterns » doit davantage à « The Penguin » et à « Fargo » qu’à n’importe quel blockbuster en cape. La série jure abondamment, ne recule devant ni la violence explicite ni la nudité, et adopte un ton funèbre que Tom King revendique sans ambiguïté. « Nous ne voulions pas créer un monde fait de fantaisie et de bonbons. Nous voulions un monde qui résonne avec nos vies individuelles », a expliqué le scénariste pour justifier la perte de Hal Jordan. Le casting secondaire renforce cette gravité, avec Garret Dillahunt en bienfaiteur local aux motivations troubles et Poorna Jagannathan dans le rôle de son épouse, tandis que Nathan Fillion (Guy Gardner, déjà aperçu dans « Superman ») plane en filigrane sur la chronologie du DCU, puisque son personnage hérite de l’anneau quelque part entre 2016 et le présent.
Tous les avis ne convergent pas avec la même ferveur. Erik Kain, dans Forbes, tempère l’enthousiasme général en pointant un pilote « un peu brouillon » qui « avait besoin d’éblouir et n’a pas ébloui », tout en reconnaissant la solidité du casting et l’intérêt du dispositif narratif. Kyle Chandler lui-même compare la structure feuilletonnée à « une partie d’échecs en trois dimensions », ce qui suppose un investissement du spectateur que le format de sept épisodes devra récompenser semaine après semaine, chaque dimanche à 21h (heure de la côte Est).
Le DCU de James Gunn tenait jusqu’ici sur les épaules d’un seul film ; il repose désormais aussi sur un cadavre dans un stade du Nebraska, et c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait lui arriver.

