Le générique de fin de House of the Dragon saison 3 a roulé dimanche 9 août 2026, et HBO n’a même pas laissé aux abonnés le temps de faire leur deuil. Une semaine, sept petits jours, c’est tout ce que la chaîne concède avant de glisser dans le créneau sacro-saint du dimanche soir une série qui n’a, a priori, rien à voir avec les dragons de Westeros… et qui pourrait bien s’avérer son pari le plus audacieux depuis Watchmen.
Lanterns, adaptation du mythe DC Green Lantern en huit épisodes diffusés chaque dimanche jusqu’au 4 octobre, est pensée comme un polar cosmique, un True Detective irrigué de lumière verte et d’anneaux de pouvoir. Kyle Chandler (le coach Taylor de Friday Night Lights, reconverti en Hal Jordan vieillissant) y forme un duo avec Aaron Pierre dans la peau de John Stewart, jeune recrue du Corps des Green Lanterns. Le pitch tient en une phrase que n’aurait pas reniée Nic Pizzolatto lui-même (si l’on remplaçait les bayous de Louisiane par un secteur galactique) et s’articule autour d’un mystère criminel dont l’enquête révèle, couche après couche, la mythologie extraterrestre de l’univers DC.
La bande-annonce à voir en fin de cet article a déjà engrangé 24 millions de vues en à peine trois jours, un chiffre qui trahit l’appétit féroce du public pour ce mélange des genres. HBO joue ici une partition très calculée, celle de la continuité émotionnelle dans sa grille de programmation, en misant sur le réflexe dominical de millions de spectateurs qui, depuis des années, ont pris l’habitude de retrouver chaque semaine un univers de franchise dense, feuilletonnant, addictif. House of the Dragon ne reviendra pas avant 2028 au plus tôt, et la chaîne sait pertinemment qu’un abonné inoccupé est un abonné qui résilie.
La genèse du projet raconte à elle seule l’ambition démesurée de la manœuvre. Lanterns a d’abord existé sous une forme très différente, un long métrage porté par Greg Berlanti (l’architecte de l’Arrowverse sur The CW), avant d’être entièrement repensé pour le petit écran par un trio de créateurs dont la seule lecture des CV donne le vertige. Chris Mundy, le showrunner qui a piloté Ozark à travers quatre saisons de tension suffocante, s’est associé à Damon Lindelof, l’homme qui a transformé Watchmen en chef-d’œuvre télévisuel pour HBO en 2019, et à Tom King, scénariste de comics dont le travail sur Mister Miracle et Supergirl: Woman of Tomorrow a redéfini ce que pouvait être un récit de super-héros quand il refuse le spectaculaire gratuit au profit de l’intime et du politique.
Là réside sans doute la clé de la stratégie HBO, dans cette conviction que le public de 2026 ne veut plus choisir entre le spectacle de genre et la profondeur narrative. House of the Dragon avait prouvé qu’une saga fantasy pouvait captiver des dizaines de millions de foyers à condition de traiter ses personnages avec la complexité d’un drame shakespearien. Lanterns emprunte exactement la même philosophie, en troquant les intrigues dynastiques targaryen pour un buddy movie interstellaire ancré dans la tradition du thriller d’investigation. Un podcast officiel animé par Juju Green accompagnera d’ailleurs la diffusion, signe que HBO entend construire autour de la série un écosystème de conversation et de décryptage comparable à celui qui a si bien fonctionné pour ses mastodontes précédents.
Peut-on réellement remplacer des dragons par des anneaux de pouvoir dans le cœur des abonnés ? La question, en tout cas, mérite d’être posée avec un brin de malice, parce que HBO ne cherche pas tant à reproduire House of the Dragon qu’à prouver que son label suffit à transformer n’importe quel univers de genre en événement télévisuel. La chaîne a bâti sa légende sur cette capacité à élever le matériau populaire (les mafieux avec Les Soprano, le western avec Deadwood, la fantasy avec Game of Thrones) au rang d’objet culturel obsédant. Lanterns s’inscrit dans cette lignée avec une ambition qui transpire à chaque image de la bande-annonce, où la poussière des routes américaines se mêle à l’éclat surnaturel des constructions de volonté.
Le rendez-vous est fixé au 16 août sur HBO et Max, et si le trio Mundy-Lindelof-King tient ne serait-ce que la moitié de ses promesses, les dimanches soir de la rentrée pourraient bien briller d’un vert que personne n’avait vu venir.

