La chocolaterie la plus célèbre de la littérature anglaise va rouvrir ses portes, et cette fois-ci sous la houlette d’un cinéaste néo-zélandais dont le génie excentrique colle si bien à l’univers de Roald Dahl qu’on se demande pourquoi personne n’y avait pensé plus tôt. Netflix vient officiellement de fixer les dates de sortie de Charlie vs. the Chocolate Factory, un film d’animation dans lequel Taika Waititi prêtera sa voix à Willy Wonka, avec une fenêtre de sortie en salles prévue pour novembre 2027 avant un débarquement sur la plateforme dès décembre de la même année.
Après le Wonka de Paul King avec Timothée Chalamet en 2023, après le classique de Mel Stuart en 1971 et la relecture sombre de Tim Burton en 2005, on pourrait légitimement se poser la question… combien de fois peut-on encore réinventer ce confiseur fantasque sans lasser le public ? La réponse tient peut-être dans le format choisi, l’animation, et dans la personnalité volcanique de Waititi, qui a déjà prouvé avec Thor: Ragnarok et Jojo Rabbit sa capacité à transformer n’importe quel matériau narratif en feu d’artifice d’humour et de tendresse décalée.
Le titre lui-même, Charlie vs. the Chocolate Factory, suggère un virage narratif audacieux par rapport aux adaptations précédentes, comme si le jeune Charlie Bucket n’allait plus simplement visiter l’usine enchantée mais l’affronter, s’y mesurer, dans une dynamique de confrontation que le roman original de Dahl (publié en 1964) portait déjà en germe sous ses couches de sucre glace. Netflix, qui a racheté l’intégralité du catalogue Roald Dahl Story Company en 2021 pour un montant jamais officiellement confirmé mais estimé à plusieurs centaines de millions de dollars, dispose désormais d’un arsenal d’univers à exploiter, et place visiblement cette adaptation au sommet de ses priorités en matière d’animation événementielle.
Le casting vocal a d’ailleurs été révélé au grand complet : Kit Connor prête sa voix au jeune Charlie, tandis que Kate Winslet, Helena Bonham Carter, Nicola Coughlan, Charithra Chandran, Samson Kayo et Christopher Chung complètent une distribution aussi prestigieuse qu’inattendue. La présence de Waititi dans le rôle-titre garantit à elle seule une interprétation de Wonka radicalement différente de celles de Gene Wilder (mélancolique et imprévisible) ou de Johnny Depp (glacial et excentrique). Le réalisateur-acteur, connu pour son improvisation débridée et son sens du timing comique quasi chirurgical, devrait insuffler au personnage une énergie chaotique parfaitement raccord avec l’esprit subversif de Dahl.
La stratégie de distribution en deux temps, d’abord les salles en novembre 2027 puis Netflix un mois plus tard en décembre, s’inscrit dans la politique récemment adoptée par le géant du streaming pour ses productions d’animation les plus ambitieuses (à l’image de ce qui avait été tenté avec certains titres du catalogue). Cette fenêtre d’exclusivité cinématographique, même courte, vise à capitaliser sur l’attrait des fêtes de fin d’année, période historiquement dorée pour les films familiaux, tout en garantissant un second souffle massif sur la plateforme juste avant Noël.
Netflix joue ici une partition à haut risque et haute récompense, car l’univers Wonka appartient désormais à la mémoire collective au même titre que les contes de Grimm ou les récits de Dickens, et chaque nouvelle version doit composer avec la nostalgie féroce de plusieurs générations de spectateurs. Taika Waititi, lui, n’a jamais eu peur de bousculer les icônes, et c’est sans doute exactement ce dont cette chocolaterie avait besoin pour ne pas se transformer en musée.

