ByteDance a déployé fin juillet Seedance 2.5, une version musclée de son générateur de vidéo par intelligence artificielle, qui bloque désormais environ 80 % des tentatives de reproduction de contenus protégés par le droit d’auteur hollywoodien, selon les tests menés par la startup VN.ai, spécialisée dans l’audit de modèles génératifs. Le chiffre tranche avec la passoire qu’était Seedance 2.0, responsable quelques semaines plus tôt d’une déferlante virale de clips fabriqués de toutes pièces, dont celui, absolument hallucinant, montrant Tom Cruise et Brad Pitt se battant comme deux personnages de blockbuster échappés de leur pellicule.
La colère des studios avait été immédiate, volcanique, proportionnelle au sentiment d’impunité que dégageait l’outil. Disney et Netflix avaient expédié des mises en demeure à ByteDance, exigeant le retrait de vidéos piratant des franchises aussi lucratives que Stranger Things et The Avengers. La maison mère de TikTok s’était alors contentée d’un laconique « nous avons entendu les préoccupations »… une formule diplomatique qui, dans le dialecte de la Silicon Valley (ou de Pékin), signifie généralement « laissez-nous le temps de colmater les brèches ».
Le mécanisme de protection intégré à Seedance 2.5 fonctionne selon une logique inhabituelle, et c’est sans doute ce qui le rend redoutable. VN.ai a constaté que le modèle ne filtre pas les requêtes textuelles en amont, contrairement à la plupart des garde-fous classiques. Il génère d’abord la vidéo, puis l’analyse et refuse de la servir à l’utilisateur si elle reproduit trop fidèlement un contenu sous copyright. « La protection est ici un sous-produit de la capacité du modèle à bien dessiner quelque chose, puis à le reconnaître », explique VN.ai. En clair, le système est suffisamment bon pour créer un deepfake convaincant, et suffisamment entraîné pour le détecter avant qu’il ne sorte du pipeline. 100 % des tentatives de création vidéo à partir d’images protégées ont ainsi été bloquées lors des tests.
Peut-on pour autant crier victoire ? L’observation de VN.ai soulève une question empoisonnée, car si le modèle reconnaît aussi bien les personnages sous licence, c’est vraisemblablement parce qu’il a été nourri avec leurs images durant l’entraînement. Les studios, qui bataillent déjà devant les tribunaux américains sur la question des données d’entraînement, trouveront là un argument supplémentaire à brandir. Et le blindage présente encore des failles bien réelles. Les chercheurs de VN.ai ont réussi à produire une vidéo parfaitement reconnaissable d’Oscar, le poisson du film Shark Tale de DreamWorks, en évitant soigneusement de mentionner le nom du personnage ou le titre du long-métrage dans leur requête.
Un porte-parole de ByteDance a déclaré que l’entreprise « lance ses modèles avec des mesures de transparence et des garde-fous conçus pour empêcher l’utilisation non autorisée de la propriété intellectuelle », ajoutant travailler « en collaboration avec les communautés créatives à mesure que les technologies d’IA évoluent ». Le discours corporate est rodé, mais le contexte géopolitique complique tout. ByteDance reste sous pression aux États-Unis à cause de TikTok, et chaque faux pas sur le terrain du copyright alimente la méfiance de Washington envers les modèles d’IA chinois.
Le problème dépasse d’ailleurs largement Seedance. MiniMax H3, un autre modèle chinois de génération vidéo, a récemment été utilisé pour fabriquer des versions remixées de The Office, Friends et Star Wars, sans que son éditeur ne daigne répondre aux sollicitations de la presse. ByteDance avait également été épinglé pour Seedream 5.0, son générateur d’images, capable de produire des rendus fidèles de Buzz Lightyear, Elsa ou Shrek via des API tierces, où les protections se révélaient bien plus poreuses. Il suffisait parfois de préciser des dimensions en pixels dans la requête pour contourner les filtres, du moins sur cette version.
Hollywood exige des verrous, ByteDance en pose, les hackers créatifs les font sauter avec des astuces de prompt engineering. Le bras de fer entre les studios et les générateurs d’IA ressemble à une course aux armements où chaque nouvelle version colmate les brèches de la précédente, pendant que la suivante est déjà en train d’être percée. Avec 80 % de blocage, Seedance 2.5 marque un progrès tangible, mais qui osera parier que les 20 % restants ne suffiront pas à produire le prochain clip viral de Brad Pitt en Jedi ?

