Neuf acheteurs sur dix choisissent l’édition la plus chère d’un jeu vidéo qui n’est pas encore sorti. Le chiffre, issu d’un rapport Sensor Tower publié cette semaine, donne la mesure de l’appétit qui entoure Grand Theft Auto VI, attendu le 19 novembre prochain sur PS5 et Xbox Series X|S.
Sur 4,3 millions de précommandes déjà enregistrées, 89 % concernent l’édition Ultimate facturée 99,99 dollars, contre à peine 11 % pour l’édition standard à 79,99 dollars. La répartition est quasi identique d’une plateforme à l’autre (90 % sur Xbox, 88,5 % sur PlayStation), ce qui exclut tout biais de base installée. Karl Kontus, vice-président senior chez Sensor Tower, replace le phénomène dans son contexte industriel avec une franchise désarmante. « Une part premium de 50 % pendant la période de précommande est déjà un excellent résultat. La norme pour les jeux se situe plutôt entre 10 et 20 %. Je n’ai jamais vu 90 % auparavant », confie-t-il.
L’explication tient en partie à l’architecture tarifaire retenue par Rockstar Games. L’écart entre les deux éditions n’est que de vingt dollars, pour un standard déjà fixé dix dollars au-dessus du prix habituel de l’industrie (70 dollars). L’édition Ultimate embarque un lot généreux de véhicules, d’armes, l’accès à des ateliers de personnalisation exclusifs… Le calcul mental du consommateur penche vite. Kontus s’en étonne presque à rebours, estimant qu’un troisième palier à 150 dollars aurait pu exister sans difficulté. « On dirait de l’argent laissé sur la table », glisse-t-il.
Strauss Zelnick, le PDG de Take-Two Interactive (maison mère de Rockstar), avait lui-même reconnu sur CNBC que les précommandes « penchaient fortement vers l’édition premium ». Le mot qu’il emploie le plus volontiers reste « unprecedented », répété aussi bien devant les analystes financiers que dans la presse spécialisée, assorti d’un aveu candide selon lequel personne ne sait vraiment comment ces volumes se traduiront en ventes effectives.
Les projections de Sensor Tower tentent tout de même l’exercice. En appliquant une trajectoire de précommandes classique, les 4,3 millions actuels conduiraient à plus de 40 millions d’unités réservées avant le lancement. Kontus juge ce scénario trop optimiste et table plutôt sur 25 millions, en partant du principe que la courbe est fortement anticipée par les fans les plus fervents. Même à ce niveau, le montant approche les 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires avant la moindre mise en rayon, soit trois fois le record de précommandes annoncé par Cyberpunk 2077 (8 millions d’unités à l’époque).
Le ratio de 89 % devrait toutefois s’éroder à mesure que la campagne marketing de Rockstar montera en puissance. L’essentiel de cette offensive reste à venir, et un premier jalon se profile le 27 août avec la diffusion en avant-première sur Netflix d’un « Extended Look » inédit, six heures avant sa mise en ligne sur YouTube. Ce partenariat, une première pour la franchise, vise précisément le grand public que Rockstar n’a pas encore capté. Kontus anticipe un rééquilibrage vers un partage proche de 50/50 entre les deux éditions au moment du lancement, porté par l’afflux de joueurs occasionnels dans la dernière semaine précédant la sortie.
Reste que 77 % des précommandes proviennent de PlayStation, contre 23 % sur Xbox, un déséquilibre qui reflète fidèlement la domination de Sony sur le marché des consoles de salon. La part premium, elle, ne varie quasiment pas d’un écosystème à l’autre, du moins sur cette phase initiale.
Qu’un jeu parvienne à convaincre neuf précommandeurs sur dix de dépenser cent dollars avant même d’avoir vu tourner une seule minute de gameplay en conditions réelles en dit long sur le capital de confiance accumulé par la franchise, et sur le pari que des millions de joueurs sont déjà prêts à honorer.

