Hyrule a désormais son roi maléfique, et il mesure un mètre quatre-vingt-seize. Uli Latukefu, l’acteur australo-tongien révélé dans Young Rock (où il incarnait un Dwayne Johnson juvénile) puis aperçu dans Black Adam et MaXXXine, vient d’être confirmé dans le rôle de Ganondorf pour le film live-action The Legend of Zelda, co-produit par Sony et Nintendo sous la direction de Wes Ball. Le tournage s’est achevé en avril dernier, le film est calé pour une sortie en salles le 7 mai 2027, et cette vague de castings dévoilés coup sur coup donne soudain une épaisseur vertigineuse à un projet resté longtemps fantomatique.
Latukefu aurait par ailleurs signé un contrat multi-films, ce qui laisse entrevoir une trilogie cinématographique et confirme que le seigneur démon ne périra pas sous la Lame Purificatrice dès le premier opus. « We hear Latukefu inked a multi-picture deal here », rapporte Deadline, suggérant que la saga Zelda au cinéma se pense déjà sur une décennie, fidèle à la logique cyclique de réincarnation qui irrigue les jeux depuis 1986 et leurs plus de 150 millions d’unités vendues.
L’annonce la plus poignante concerne sans doute Sam Neill. La légende néo-zélandaise, inoubliable Alan Grant de Jurassic Park, a bien tourné ses scènes avant de s’éteindre le 13 juillet dernier à l’âge de 78 ans. Son rôle demeure inconnu, enveloppé du même secret qui protège l’intrigue entière du film, mais cette apparition constituera l’une de ses toutes dernières performances à l’écran, si ce n’est la dernière. Neill laisse également derrière lui des participations à The Last Resort (aux côtés de Daisy Ridley) et au prochain Godzilla x Kong: Supernova, un testament filmographique d’une générosité presque irréelle pour un homme qui combattait la maladie depuis des années.
Deux actrices solidement ancrées dans l’univers des séries viennent compléter ce casting taillé pour plaire aux amateurs de pop culture. Dichen Lachman, la fascinante Ms. Casey de Severance (Apple TV+), incarnera Impa, la garde du corps et conseillère de la princesse Zelda interprétée par la jeune Bo Bragason. Yvonne Strahovski, nommée plusieurs fois aux Emmy pour son rôle glaçant de Serena Joy dans The Handmaid’s Tale, tiendrait quant à elle un personnage de reine dont l’identité exacte reste à préciser… Qui pourrait-elle bien être dans la mythologie d’Hyrule ? La reine d’Hyrule elle-même, mère de Zelda, serait l’hypothèse la plus naturelle, et donnerait à Strahovski l’occasion d’apporter une gravité royale à un récit qui en aura besoin pour dépasser le simple spectacle d’aventure.
Le mystère plane toujours sur le scénario écrit par T.S. Nowlin, dont personne ne sait s’il adapte Ocarina of Time, Breath of the Wild ou un récit original puisant librement dans quarante ans de lore. Wes Ball, qui a prouvé avec la trilogie Maze Runner puis Kingdom of the Planet of the Apes qu’il savait orchestrer des univers immersifs à grande échelle, garde ses cartes plaquées contre sa poitrine. Shigeru Miyamoto, co-créateur de la franchise et producteur du film aux côtés d’Avi Arad (l’homme derrière le Spider-Man de Sam Raimi), veille au grain avec la méticulosité qu’on lui connaît.
Benjamin Evan Ainsworth (Link) et Bo Bragason (Zelda), tous deux quasi inconnus du grand public il y a encore un an, se retrouvent désormais entourés d’un casting qui mêle poids lourds hollywoodiens et visages cultes du petit écran, un assemblage pensé pour rassurer à la fois les puristes Nintendo et les spectateurs qui n’ont jamais tenu une manette. Après le triomphe commercial du Super Mario Bros. Movie (plus d’un milliard de dollars au box-office mondial), Nintendo sait que la formule fonctionne, et Sony mise gros sur cette alliance pour s’offrir une franchise tentpole capable de rivaliser avec les mastodontes Marvel et DC.
Sept mois nous séparent encore de la première projection, et chaque nouvelle révélation alimente une fièvre que la franchise n’avait jamais connue en dehors du jeu vidéo. Reste à découvrir si Link parlera, si Tingle pointera le bout de son collant vert, et surtout si le cinéma saura capturer cette alchimie unique entre mélancolie, épopée et émerveillement qui fait de Zelda bien davantage qu’un jeu, un mythe moderne que des générations entières portent en elles comme un souvenir d’enfance phosphorescent.

