Peter Serafinowicz incarnera Peeves dans la série HBO, offrant au fantôme farceur de Poudlard une existence télévisuelle que le cinéma lui avait refusée pendant un quart de siècle. L’annonce, confirmée lundi par la chaîne américaine, répare l’une des frustrations les plus tenaces de la communauté potterienne.
Le poltergeist hante pourtant les sept romans de J.K. Rowling depuis 1997, apparaissant dès le chapitre sept de La Pierre philosophale pour terroriser les premières années à coups de farces douteuses et de chansons moqueuses. Qu’un personnage aussi omniprésent dans le texte n’ait jamais franchi l’écran relevait d’une anomalie que les fans avaient fini par accepter… sans jamais vraiment pardonner.
L’histoire de cette absence a d’ailleurs sa propre légende. Le regretté Rik Mayall, comédien britannique mort en 2014 à 56 ans, avait bel et bien tourné des scènes pour le premier film avant d’être écarté au montage. Il racontait avec un flegme tout britannique « I did a little bit of filming then I went home and got the money, significant, then a month later they said ‘Rik, sorry about this, you’re not in the film’ ». Ses enfants, envoyés à l’avant-première sans être informés de la coupe, étaient revenus convaincus que leur père jouait Hagrid sous un maquillage époustouflant. La méprise vaut son pesant de Gallions.
Serafinowicz apporte au rôle un CV idéalement hybride, mêlant comédie physique et doublage vocal. L’acteur britannique a déjà prêté sa voix à Dark Maul dans La Menace fantôme, joué dans Shaun of the Dead et campé l’inoubliable Edgar Covington dans Parks and Recreation. Sa prestation récente dans l’adaptation live de Dragons confirme une aisance devant la caméra qui devrait bien servir l’esprit chaotique du poltergeist.
Cette intégration de Peeves illustre l’ambition affichée par HBO depuis l’origine du projet. Sept saisons sont prévues, une par roman, avec un lancement fixé au jour de Noël sur HBO Max. La deuxième saison est déjà en production. JB Perrette, président du streaming mondial chez Warner Bros. Discovery, évoquait l’an dernier une volonté de « go deeper » que le format cinématographique ne permettait pas, qualifiant la série d’« événement streaming de la décennie ». La formule sent le communiqué de presse, mais le casting assemblé jusqu’ici lui donne une certaine crédibilité.
John Lithgow endosse en effet la barbe de Dumbledore, Janet McTeer le chapeau pointu de McGonagall, Paapa Essiedu la cape sombre de Rogue et Nick Frost la carrure imposante de Hagrid. Les trois jeunes protagonistes, Dominic McLaughlin, Arabella Stanton et Alastair Stout, portent quant à eux le poids d’une comparaison inévitable avec le trio originel. La production n’est pas exempte de turbulences, puisque Gracie Cochrane, initialement choisie pour Ginny Weasley, a quitté le projet après la première saison pour des raisons demeurées vagues.
Peeves, lui, ne risque pas de s’éclipser. Le fantôme traverse les sept tomes avec une constance joyeusement anarchique, du lancer de cannes sur la tête des élèves jusqu’à son salut militaire triomphal à Fred et George Weasley. Lui accorder enfin une place à l’écran, c’est reconnaître que la fidélité au texte passe aussi par ses marges les plus bruyantes.

