Cinq ans de procédure, un verdict en demi-teinte, et un marché qui ne sait toujours pas sur quel pied danser. La Securities and Exchange Commission (SEC) a officiellement mis fin à son bras de fer judiciaire contre Ripple, l’émetteur du XRP. Un soulagement pour la firme crypto, mais pas forcément un tournant décisif pour les investisseurs.
L’affaire avait commencé en 2020. La SEC accusait Ripple d’avoir vendu du XRP comme un titre financier non enregistré, une violation des lois fédérales sur les valeurs mobilières. Contrairement à Bitcoin ou Ethereum, XRP est émis directement par Ripple, ce qui a déclenché la vigilance du régulateur américain. Après des années de débats juridiques, d’appels et de rebondissements procéduraux, le dossier est enfin clos depuis le 7 août dernier.
Le règlement final impose à Ripple une amende de 125 millions de dollars, bien loin des 2 milliards initialement réclamés par la SEC , et confirme que le token n’est considéré comme une security que lorsqu’il est vendu à des institutions. Pour les transactions sur les plateformes publiques, XRP échappe donc à ce statut réglementaire contraignant.
Tout n’est pas gagné pour autant. D’abord parce que malgré l’abandon officiel de l’appel par la SEC et l’octroi d’une exemption au titre du Regulation D (qui permet certaines ventes privées), Ripple reste sous injonction judiciaire interdisant toute nouvelle vente illégale d’actifs financiers non enregistrés. Le cadre juridique a été allégé mais pas supprimé. Ensuite parce que ce dénouement était largement anticipé par les marchés depuis l’élection présidentielle américaine.
L’arrivée au pouvoir de Donald Trump a changé la donne réglementaire. Fidèle à sa promesse d’une administration pro-crypto, il a nommé Paul Atkins, un défenseur notoire de l’innovation financière , à la tête de la SEC. Sous sa direction, plusieurs procédures contre Binance ou Coinbase ont été suspendues ou retirées. Dans ce climat politique favorable aux actifs numériques, le retrait de l’appel dans le dossier Ripple était attendu… et donc déjà intégré dans le cours du XRP.
Côté prix justement, XRP a connu une belle envolée en juillet dernier avec un pic inédit depuis 2018. Il a franchi brièvement les 3 dollars grâce à deux catalyseurs : la perspective d’un règlement imminent avec la SEC et l’approbation du ProShares Ultra XRP ETF, un fonds spéculatif basé sur des contrats futurs liés au token.
Certains espèrent désormais que cela ouvre la voie aux fameux spot ETFs sur XRP, ces produits financiers adossés directement au jeton lui-même plutôt qu’à ses dérivés. Plusieurs gestionnaires d’actifs comme Grayscale ou Bitwise ont déposé leurs demandes auprès de la SEC, dont les décisions sont attendues entre le 18 et le 25 octobre prochain.
Si ces ETF sont validés comme ceux pour Bitcoin ou Ethereum auparavant, cela pourrait attirer davantage d’investisseurs institutionnels vers XRP… mais attention aux conclusions hâtives.
Car malgré son utilité réelle dans les paiements internationaux via Ripple Payments, un réseau permettant aux banques d’effectuer des transferts instantanés sans passer par Swift ni subir les frais de change , le succès technologique ne garantit pas une valorisation durable du token lui-même. Les banques peuvent utiliser le réseau sans nécessairement passer par XRP.
Et puis il y a un chiffre qui revient souvent : près de 41 % des tokens restent entre les mains de Ripple Labs. Une concentration qui rend l’actif vulnérable aux décisions stratégiques internes ou aux difficultés futures rencontrées par l’entreprise elle-même.
Même si certains analystes évoquent encore une possible montée vers les 4 dollars d’ici décembre (soit une hausse modérée autour de +22 %), rien ne dit que cela se produira effectivement. Le marché crypto reste extrêmement volatile et sensible aux annonces politiques autant qu’aux innovations techniques concurrentes. D’autant plus que Bitcoin vient d’atteindre un nouveau plus haut historique et pourrait connaître des prises de bénéfices massives et entraîner les altcoins dans sa chute.
Oui, Ripple sort vainqueur juridiquement face à la SEC ; oui aussi, cela clarifie certaines zones grises autour du statut légal du XRP, mais non, cela ne suffit pas forcément à relancer durablement sa valeur boursière ni à garantir une hausse vers de nouveaux sommets.
Une page se tourne peut-être… mais tout reste encore à écrire pour Ripple et son token phare.

