La Pixel Watch 5, dévoilée aux côtés du Pixel 11, embarque discrètement un changement que Google n’a guère mis en avant et qui concerne pourtant la santé de ses utilisateurs. Le bracelet « Active Band » de deuxième génération troque le fluoroélastomère, un matériau gorgé de PFAS, contre du HNBR (caoutchouc nitrile butadiène hydrogéné), un composé de qualité médicale reconnu biocompatible. Un geste sanitaire que ni Apple, ni Withings, ni OnePlus n’ont encore consenti à faire.
Les PFAS, ces substances per- et polyfluoroalkylées surnommées « polluants éternels », ne se décomposent ni dans l’environnement ni dans le corps humain. Une étude publiée en décembre 2024 a révélé des concentrations élevées de ces composés dans plusieurs bracelets de montres connectées populaires, et démontré qu’ils s’infiltraient hors du matériau dans des conditions simulant la transpiration et le contact cutané. Porter un bracelet en fluoroélastomère huit heures par jour, souvent pendant l’effort physique (pores ouverts, sueur abondante), revient à maintenir contre sa peau un réservoir de molécules dont les effets documentés incluent la suppression immunitaire, la perturbation endocrinienne et un risque accru de cancers du rein et du testicule. Paradoxe savoureux pour un appareil censé allonger l’espérance de vie de son porteur.
Samsung avait déjà montré la voie en basculant vers le HNBR et le silicone dès la Galaxy Watch 7, faisant de ses bracelets Sport par défaut des accessoires exempts de fluoroélastomère. Garmin, de son côté, s’appuie largement sur le silicone et le nylon. Google rejoint donc en août 2026 le camp des fabricants responsables, tandis qu’Apple continue d’expédier ses Sport Band, Ocean Band et Solo Loop dans un matériau que la recherche scientifique pointe du doigt. Rita, journaliste chez Android Police, résume la situation avec une franchise appréciable : « Les montres connectées sont censées nous aider à être en meilleure santé. Tout l’intérêt d’en porter une est d’allonger notre vie, pas de la raccourcir. »
Le HNBR retenu par Google n’est pas un compromis technique. Ce caoutchouc hydrogéné, largement utilisé dans les dispositifs en contact alimentaire et les équipements médicaux, offre selon les premiers retours en main une résistance supérieure à la déchirure et à l’abrasion, sèche aussi vite que le fluoroélastomère, n’absorbe ni taches ni teintures, résiste aux crèmes grasses et se montre plus doux au toucher. Aucun inconvénient tangible n’a été relevé lors des tests, la bande conservant une épaisseur, une souplesse et une durabilité quasi identiques à celles de sa devancière. On pourrait la décrire comme une version plus robuste des gants nitrile que l’on enfile en cuisine. Détail appréciable pour les propriétaires de modèles antérieurs, le nouveau bracelet reste compatible avec toutes les Pixel Watch depuis le modèle original grâce au même mécanisme d’attache.
Faut-il pour autant céder à la panique ? Les experts tempèrent en rappelant que l’absorption cutanée depuis un bracelet demeure probablement faible comparée à d’autres sources d’exposition aux PFAS (eau potable, emballages alimentaires, textiles imperméabilisés). L’exposition cumulée sur des années de port quotidien reste toutefois une inconnue, et c’est précisément cette incertitude qui rend le principe de précaution pertinent. Pour ceux qui souhaitent agir sans attendre le bon vouloir de leur fabricant, des alternatives existent déjà… bracelets en métal, en tissu tressé, en cuir ou en silicone pur, tous dépourvus de composés fluorés.
Apple, qui domine le marché mondial des montres connectées, se trouve désormais dans une position inconfortable. Cupertino propose certes des bracelets en matériaux sûrs dans sa gamme (tressés, acier, cuir), mais persiste à livrer ses modèles phares avec du fluoroélastomère en standard. Un procès collectif a d’ailleurs été déposé le 31 décembre dernier contre Samsung au sujet des PFAS dans certains de ses bracelets annexes, signe que la pression juridique monte sur l’ensemble du secteur. Google a fait le pas en silence, presque en catimini. La vraie question est de savoir combien de temps Apple pourra encore ignorer un risque que ses concurrents ont, du moins en partie, déjà éliminé.

