Le tournage est déjà bouclé. Netflix a officiellement terminé la production de la troisième saison de son adaptation live-action de One Piece, sous-titrée The Battle of Alabasta, et prépare une sortie calée en 2027. Pour situer le contexte, la saison 2 (Into the Grand Line) emmenait l’équipage de Loguetown jusqu’à l’île de Drum, où Tony Tony Chopper rejoignait les Straw Hats. La saison 3 constitue un bloc autonome de huit épisodes entièrement consacré à la guerre d’Alabasta. Après une première saison devenue phénomène mondial et une deuxième qui a prouvé que Netflix pouvait tenir la distance sur l’univers d’Eiichiro Oda, l’équipage au chapeau de paille fonce droit vers l’arc narratif que des millions de lecteurs du manga considèrent comme le moment fondateur de toute la saga.
L’arc Alabasta, là où One Piece est devenu une épopée
Alabasta n’est pas un arc comme les autres. Dans le manga et l’anime, il représente le pivot dramatique où l’aventure picaresque de Luffy bascule vers quelque chose de bien plus vaste. Un récit de guerre civile, de trahison politique et de liens indéfectibles. Et surtout, un récit étonnamment adulte pour un shōnen.
Le royaume d’Alabasta ne souffre pas d’une attaque pirate classique. Il s’effondre de l’intérieur, rongé par une manipulation invisible. Sir Crocodile (Joe Manganiello) n’a rien du villain qui brûle des villages et empile les crânes. C’est un stratège de l’ombre, un des Sept Grands Corsaires, patron de l’organisation criminelle Baroque Works, et il opère avec une patience chirurgicale. Son arme n’est pas son pouvoir de sable. C’est la Dance Powder, une substance capable de provoquer des précipitations artificielles. Crocodile l’utilise pour assécher méthodiquement les terres du royaume, affamer le peuple et faire porter la responsabilité au roi Cobra (Sendhil Ramamurthy). La rébellion menée par Koza (Emilio Sakraya), ami d’enfance de Vivi devenu chef de guerre par désespoir, est le résultat direct de cette manipulation climatique. Résultat, un coup d’État fomenté sans que personne ne soupçonne le vrai responsable. On est plus proche de Game of Thrones que de la chasse au trésor classique et c’est précisément ce qui rend Alabasta inoubliable.
La princesse Vivi (Charithra Chandran), déjà intégrée à l’équipage depuis la saison 2, devient le cœur émotionnel de cette nouvelle salve d’épisodes. C’est son pays qui brûle. C’est son père qu’on accuse. Et c’est elle qui doit choisir entre sa loyauté envers ses compagnons pirates et son devoir envers un peuple au bord du massacre. Ce déchirement-là, Oda l’a écrit avec une justesse qui a marqué une génération entière de lecteurs.
Pour beaucoup de fans, Alabasta est l’arc qui a transformé des lecteurs curieux en dévots absolus de One Piece. La combinaison de world-building vertigineux, de personnages inoubliables et de thèmes politiques étonnamment matures dans un manga d’aventure représente Oda à son meilleur. Joe Tracz et Ian Stokes, co-showrunners de cette saison et vétérans du show depuis les premières heures (ils ont tous deux écrit des épisodes des saisons précédentes), savent parfaitement dans quel matériau sacré ils mettent les mains. L’ambition de cette saison est colossale.
Eiichiro Oda a lui-même confirmé via un message publié fin 2025 que cette troisième saison « conclura la saga Alabasta », sans préciser si le récit débordera sur l’arc de Jaya.
C’est là que ça devient passionnant pour les connaisseurs. La saga Alabasta se termine traditionnellement par le départ de Vivi et le dévoilement de la véritable identité de Nico Robin (Lera Abova) à bord du Vogue Merry. Mais dans le manga, l’arc suivant (Jaya) introduit des personnages capitaux pour la suite, notamment Barbe Noire et Doflamingo. Si la saison 3 s’arrête au départ d’Alabasta avec Robin cachée dans le navire, Netflix tient un cliffhanger d’une puissance redoutable. La question reste ouverte, et les fans du manga savent à quel point la réponse change la trajectoire de toute la série.
Un casting taillé pour la légende, de Xolo Maridueña à Cole Escola
Xolo Maridueña (révélé dans Cobra Kai) incarnera Portgas D. Ace, le frère de cœur de Luffy, commandant de la deuxième division de l’équipage de Barbe Blanche, doté du Mera Mera no Mi qui transforme l’intégralité de son corps en flammes pures. Ce choix de casting électrise la communauté depuis son annonce. L’acteur apporte avec lui une énergie brute parfaitement calibrée pour un personnage aussi charismatique que tragique, et les lecteurs du manga savent que l’ombre d’Ace plane sur l’ensemble de la saga bien au-delà d’Alabasta.
Le choix de Cole Escola pour incarner Bon Clay en dit long sur l’intelligence de cette adaptation. Bon Clay (alias Mr. 2 de Baroque Works) est l’un des personnages les plus singuliers de tout le manga. Combattant travesti, adepte de l’Okama Kenpo, un art martial dévastateur qui mêle ballet classique et coups de pied surpuissants, il possède le Mane Mane no Mi qui lui permet de prendre l’apparence de n’importe qui par simple contact physique. Cole Escola vient de triompher à Broadway avec la pièce phénomène Oh, Mary!, saluée par un Tony Award. Confier Bon Clay à une figure majeure de la scène théâtrale ne relève pas du hasard. C’est un choix d’une cohérence absolue avec l’esprit d’Oda, qui a toujours écrit Bon Clay comme un personnage exubérant, profondément attachant et impossible à réduire à un simple antagoniste. La théâtralité du rôle appelle un artiste de scène, et c’est exactement ce que Netflix est allé chercher.
Côté antagonistes, la menace monte encore d’un cran. Awdo Awdo incarne Mr. 1 (Daz Bonez), l’assassin capable de transformer chaque parcelle de son corps en lames d’acier, tandis que Daisy Head endosse le rôle de Miss Doublefinger, qui génère des pointes mortelles sur l’ensemble de son corps. Quatre rôles récurrents viennent par ailleurs étoffer le versant politique d’Alabasta. Emilio Sakraya jouera Koza, le leader rebelle, tandis qu’Omid Abtahi (vu dans The Mandalorian) campera son père Toto. Jamie Ward et Nabeel Khan complètent le casting en incarnant respectivement Pell, le garde royal capable de se muer en faucon, et Chaka, capitaine par intérim de la garde royale.
Les duels d’Alubarna, le climax que tout le monde attend
La bataille finale à Alubarna est le morceau de bravoure absolu de l’arc Alabasta, et la promesse visuelle la plus folle que cette adaptation ait jamais eu à tenir. Voici ce qui attend les spectateurs.
*Attention spoilers pour ceux qui découvrent la saga via le live action
Luffy contre Sir Crocodile. Caoutchouc contre tempête de sable. C’est le premier affrontement de la série où Luffy frôle véritablement la mort, non pas une fois, mais deux. Le Suna Suna no Mi de Crocodile rend son corps intangible, le sable passe à travers les poings, et Luffy doit trouver des parades physiques (l’eau, puis son propre sang) pour simplement réussir à toucher son adversaire. En termes narratifs, c’est un basculement. Le garçon au chapeau de paille découvre que la volonté et la résistance ne suffisent plus contre certains ennemis.
Zoro contre Mr. 1. Sabre traditionnel contre un corps intégralement fait d’acier tranchant. Le moment fondateur de Roronoa Zoro, celui où il doit apprendre, en plein combat, à percevoir le « souffle » des choses pour trancher ce qui semble impossible à trancher. C’est l’une des scènes les plus légendaires du manga, et les fans attendent de voir comment Awdo Awdo incarnera cette menace face à Mackenyu.
Sanji contre Bon Clay. Un duel de jeu de jambes pur. Le Black Leg Style de Sanji face au ballet martial et aux métamorphoses de Bon Clay. Le combat est spectaculaire par sa chorégraphie, mais surtout par son ton. L’humour, la provocation, le respect mutuel entre deux combattants qui ne se détestent pas. Oda avait réussi à rendre un affrontement hilarant et poignant en même temps, et c’est précisément là que Cole Escola devrait briller.
Nami contre Miss Doublefinger. Le premier vrai combat en solo de Nami dans toute la série. Pas de force brute ici, mais le Clima-Tact, sa baguette climatique inventée par Usopp, qui utilise la science et les illusions météorologiques pour compenser l’absence totale de puissance physique. C’est un affrontement malin, tendu, et c’est Nami qui s’y révèle en combattante à part entière.
Usopp et Chopper contre Mr. 4 et Miss Merry Christmas. Le duo le plus vulnérable de l’équipage, le sniper menteur et le petit renne médecin, poussé dans ses derniers retranchements face à une batte explosive et une femme-taupe. L’émotion pure de deux personnages qui refusent de lâcher malgré tout.
Cinq confrontations simultanées dans une ville en pleine guerre civile, avec des milliers de rebelles et de soldats royaux qui s’entretuent autour. La densité narrative est vertigineuse.
Le défi technique le plus ambitieux de la série
Si la saison 3 ne sort qu’en 2027 alors que le tournage est déjà terminé, ce n’est évidemment pas un caprice de planning mais une nécessité technique absolue.
En saison 1, les pouvoirs de Fruits du Démon restaient relativement simples à matérialiser en effets spéciaux. Le caoutchouc de Luffy, le corps découpé de Baggy, la fumée de Smoker. Spectaculaire, mais gérable. En saison 3, la série introduit massivement les Fruits de type Logia, la catégorie la plus redoutable et la plus complexe visuellement. Les Logia transforment le corps de l’utilisateur en un élément naturel intangible. Crocodile devient littéralement du sable. Ace devient littéralement du feu.
Ce que ça implique à l’écran est colossal. Joe Manganiello doit pouvoir se dissoudre en tempête de sable, reformer son bras au milieu d’un tourbillon de particules, et assécher tout ce qu’il touche. Xolo Maridueña doit devenir une silhouette de flammes vives capable de projeter des colonnes de feu. Luffy doit frapper dans ces éléments sans aucun effet, les poings passant à travers, jusqu’à ce qu’il trouve la faille. Matérialiser du sable liquide et du feu vivant de manière crédible en prise de vues réelles, au sein de scènes de combat chorégraphiées, représente un des plus grands défis VFX jamais entrepris dans une série télévisée. Ajoutez à ça la version CGI de Chopper en situation de combat, les transformations de Bon Clay, et les batailles d’armées à grande échelle dans le désert. Les huit à douze mois de post-production entre la fin du tournage et la diffusion sont le strict minimum.
Une machine de production qui tourne au Cap
Le tournage s’est déroulé au Cap, en Afrique du Sud, dans la foulée de la saison 2. Cette stratégie de production back-to-back, déjà éprouvée par Netflix sur d’autres franchises, réduit logiquement l’attente entre les deux saisons tout en permettant de conserver les décors, les équipes techniques et la dynamique de plateau intactes.
Matt Owens, co-développeur de l’adaptation live-action aux côtés de Steven Maeda depuis les origines du projet, a quitté la série en mars 2025 pour se consacrer à sa santé mentale. Ian Stokes l’a remplacé en tant que co-showrunner pour cette troisième saison, rejoignant Joe Tracz à la tête créative du show. Les deux hommes connaissent intimement l’ADN de la série, ayant tous deux écrit des épisodes des saisons précédentes. La transition s’est faite sans rupture apparente.
Mikaela Hoover (voix de Chopper), Joe Manganiello, Lera Abova (Nico Robin) et Sendhil Ramamurthy (le roi Cobra) ont été promus au rang de réguliers pour la saison 3. Cette décision ancre fermement ces personnages dans l’architecture narrative à long terme de la série et confirme que Netflix envisage One Piece sur le très long terme.
Pourquoi 2027 pourrait être l’année One Piece
Netflix dispose désormais d’un atout important avec cette franchise. La saison 1 avait défié le scepticisme ambiant autour des adaptations live-action de manga et récolté un accueil critique enthousiaste. La saison 2 a approfondi l’univers tout en introduisant Chopper, le petit renne médecin dont la version CGI a convaincu même les puristes les plus réticents. Avec Alabasta, la série entre dans une dimension supérieure.
L’arc Alabasta concentre tout ce qui fait la puissance narrative d’Eiichiro Oda. Des batailles titanesques où chaque membre de l’équipage se bat seul pour la première fois. Des dilemmes impossibles, comme celui de Vivi forcée de choisir entre sauver son pays et rester avec les gens qu’elle aime. Des révélations qui bouleversent la mythologie du monde, notamment le mystérieux Pluton et les secrets du Gouvernement Mondial. Et un climax explosif qui, dans le manga, a fait pleurer des millions de lecteurs à travers la planète.
Adapter ce matériau en live-action avec les moyens de Netflix, le casting le plus ambitieux de la série, des effets spéciaux Logia jamais tentés à cette échelle et une intrigue politique digne des meilleures séries dramatiques, représente le défi le plus vertigineux du projet à ce jour.
Le rendez-vous est fixé à 2027, et l’équipage n’a jamais semblé aussi prêt à larguer les amarres vers le désert d’Alabasta. Qui oserait encore douter qu’un manga peut devenir la plus grande franchise télévisée de sa décennie ?

