Le brusque retournement du bitcoin n’a pas pris tout le marché de court, mais il a tout de même secoué. Après avoir atteint un nouveau sommet historique à 124 496 dollars la semaine dernière, la cryptomonnaie a chuté brièvement sous les 115 000 dollars, précisément à 114 706 dollars, avant de se stabiliser autour de 116 394 dollars, en baisse de 1,1 % sur la séance. C’est déjà son quatrième record annuel, mais la volatilité qui a suivi a vite effacé l’euphorie.
En l’espace de 24 heures, les ventes forcées ont dépassé les 530 millions de dollars, affectant principalement les positions longues sur le bitcoin et l’ether. Coin Glass a recensé au total 123 836 traders liquidés, dont 124 millions de dollars de positions longues en bitcoin, et 184 millions pour l’ether. Ces liquidations, déclenchées par des appels de marge, ont accentué la pression à la baisse sur les prix.
L’inflation américaine, ressortie au-dessus des attentes pour le mois de juillet, a ravivé les inquiétudes autour d’un éventuel report de la baisse des taux par la Réserve fédérale. Ces craintes macroéconomiques, déjà présentes, prennent désormais le dessus sur le récit d’adoption institutionnelle qui dominait jusque-là. En août, traditionnellement peu favorable aux cryptos, le bitcoin stagne, tandis que l’ether affiche encore une progression de 15 %.
Certains observateurs relativisent. Pour eux, il ne s’agit pas d’un effondrement mais d’un réajustement tactique. En témoigne l’appui continu des ETF : malgré des sorties nettes vendredi, les flux hebdomadaires sont restés positifs, à 547 millions de dollars pour le bitcoin, et 2,9 milliards pour l’ether. Pour ce dernier, c’est même un record hebdomadaire, prolongeant à 14 semaines consécutives la série d’entrées nettes.
Côté entreprises, les effets se font aussi sentir. Chez Strategy Inc., la société dirigée par Michael Saylor, le recentrage est déjà en cours. Le groupe a décidé d’assouplir ses restrictions internes sur les ventes d’actions ordinaires, une volte-face par rapport à sa stratégie récente basée sur les actions préférentielles perpétuelles. En cause : la baisse de la prime que le marché accordait à sa réserve de bitcoin. Pour Saylor, l’ajustement vise à maintenir la capacité de financement de l’entreprise, même si cela dilue davantage les actionnaires.
D’autres acteurs poursuivent une stratégie d’accumulation. À Amsterdam, Amdax a annoncé son intention de coter une nouvelle entité, AMBTS (Amsterdam Bitcoin Treasury Strategy), sur Euronext. Le but affiché est de constituer une réserve stratégique de bitcoin, avec une ambition claire : détenir à terme au moins 1 % de l’offre mondiale. Selon le PDG Lucas Wensing, le moment est propice, alors que plus de 10 % des bitcoins en circulation sont aujourd’hui contrôlés par des entreprises, des États ou des institutions.
Cette intention intervient dans un climat où le soutien politique a pesé. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a coïncidé avec une série de décisions réglementaires favorables au secteur. Le président américain, qui se présente comme le « crypto président », a même institué en mars une réserve stratégique de bitcoin. Or, les précisions apportées jeudi dernier par le secrétaire au Trésor Scott Bessent ont refroidi certains espoirs : seuls les bitcoins saisis par l’État y seront inclus, et toute acquisition supplémentaire devra rester neutre pour le budget fédéral.
Sur les marchés, la correction a été large. L’indice CoinDesk 20 a reculé de 1,2 %, entraînant les principales cryptomonnaies et les actions liées au secteur. Bitmine Immersion a perdu 5,4 %, tandis que Bullish, récemment introduite en bourse, a cédé 8,9 %. À l’inverse, Coinbase a progressé de 1 %, Galaxy Digital de 2,2 %.
Les investisseurs attendent maintenant le symposium de la Fed à Jackson Hole, prévu en fin de semaine, pour tenter d’anticiper les intentions de la banque centrale d’ici la réunion de septembre. D’ici là, les données sur les inscriptions au chômage, attendues jeudi, pourraient accentuer ou apaiser l’incertitude ambiante.
Le bitcoin reste donc à un carrefour. Soutenu à long terme par des initiatives comme AMBTS, mais secoué à court terme par des arbitrages techniques et des vents macroéconomiques, il continue de faire l’objet de paris contrastés.

