En l’espace de sept jours, Strategy (anciennement MicroStrategy) a procédé à l’achat de 21 021 Bitcoins pour un montant total évalué à environ 2,46 milliards de dollars, soit un prix moyen par unité autour des 117 000 dollars (niveau historiquement élevé). Derrière cet investissement, Michael Saylor, fondateur emblématique et principal architecte d’un basculement commencé il y a quatre ans. Pour lui accumuler du BTC n’est ni spéculatif ni expérimental, c’est une logique “de long terme”, ancrée dans la conviction que le Bitcoin constitue aujourd’hui une forme d’actif rare que les états-nations eux-mêmes finiront par adopter.
La transformation entamée depuis août 2020 s’est nettement accélérée depuis le changement d’identité en début d’année, quand MicroStrategy est devenue « Strategy », un signal adressé au marché quant à la priorité désormais accordée aux actifs numériques.
À l’origine éditeur logiciel spécialisé dans les solutions analytiques B2B, la société est devenue en trois ans l’entité cotée détenant le plus grand volume de Bitcoins au niveau mondial (plus précisément, plus de 628 000 unités détenues fin décembre 2024). En proportion globale, cela représente environ 3 % du total émis sur réseau BTC jusqu’à présent.
Une telle concentration fait débat, mais elle confirme que Strategy n’agit pas selon des principes classiques. On est loin ici des arbitrages traditionnels dictés par les cycles économiques ou les résultats trimestriels.
Sur Fox Business récemment, Saylor décrivait encore Bitcoin comme un “virus de liberté” échappant aux logiques institutionnelles. Il parle souvent d’un système autonome et immunisé contre l’inflation provoquée par les banques centrales, mais sans nier non plus certains risques liés à sa volatilité structurelle.
C’est ce mélange entre croyance idéologique et calcul financier qui construit aujourd’hui l’image très polarisante du projet Strategy. Soit on adhère pleinement au modèle proposé, soit on reste sceptique face aux incertitudes systémiques qu’il implique.
L’élection de Donald Trump en novembre 2024 a marqué un point de bascule. Sa posture favorable aux actifs numériques a dopé l’appétit de Strategy pour le Bitcoin. À tel point que près des deux tiers des réserves actuelles ont été accumulés après l’élection du Président Républicain. C’est donc dans un climat réglementaire perçu comme plus stable que la société a renforcé ses positions, avec une cadence accélérée.
21 millions de dollars le Bitcoins d’ici 2046…
Michael Saylor, lui, ne nuance pas son ambition. Il projette, à l’horizon 2046, un cours du Bitcoin autour des 21 millions de dollars par unité. Une estimation qui repose sur une hypothèse forte, à savoir l’adoption globale du BTC comme réserve alternative face à la fragilité croissante des monnaies fiduciaires (inflation soutenue, dettes souveraines non maîtrisées…).
Cette cible implique une multiplication x180 par rapport au niveau actuel. Elle peut sembler démesurée, mais s’inscrit dans un raisonnement que Saylor répète régulièrement, à savoir que “le système monétaire classique est structurellement instable”. De fait, depuis août 2020, le titre Strategy a progressé d’un peu plus de +3 000 %, contre environ +2 000 % pour le seul Bitcoin en période équivalente.
Pour autant, tout le monde n’est pas prêt à adopter directement la détention crypto-native. Face aux difficultés techniques associées (stockage sécurisé hors ligne et gestion autonome des wallets), certains investisseurs particuliers ou institutionnels préfèrent s’exposer via produits régulés et intermédiés. C’est précisément ce que propose l’iShares Bitcoin Trust lancé début janvier par BlackRock sous le ticker IBIT (coté Nasdaq). L’encours dépasse déjà les 86 milliards USD fin juillet, soit une adoption rapide et massive pour un ETF aussi récent.
IBIT permet d’entrer sur le marché crypto sans passer par les plateformes spécialisées ni gérer soi-même sa conservation d’actifs numériques. Un gain pratique évident… mais avec contrepartie, car ici on détient une exposition indirecte au BTC via produit financier structuré, et il n’y a pas possession réelle (“self custody”).
Toutefois cette approche, se heurte à la philosophie puriste de Michael Saylor. Pour lui, la véritable révolution du Bitcoin réside dans la possession directe. S’il reconnaît l’utilité de produits comme les ETF pour attirer de nouveaux capitaux, il martèle que la détention indirecte ne constitue pas une adhésion pleine à l’idéal de souveraineté financière du Bitcoin.
Les analystes sceptiques sur la stratégie de Saylor
Accumuler autant sur du très long terme, dans un environnement aussi volatil, reste risqué selon eux, et il est difficile d’ignorer totalement les cycles macroéconomiques classiques ou les zones grises réglementaires encore présentes dans certaines juridictions clés, surtout en Europe.
Mais chez Strategy on avance comme si ces objections étaient secondaires. Le cap est maintenu sans inflexion depuis maintenant près de quatre ans. Portée par un climat politique favorable aux crypto-monnaies aux États-Unis. L’achat récent de 2,46 milliards de dollars en BTC est l’expression d’un plan pensé sur plusieurs décennies.
Il reste pourtant une inconnue. Car si la feuille de route paraît claire côté entreprise, la réaction des marchés, et surtout celle de Washington, déterminera en grande partie si ce cap pourra être tenu jusqu’à 2046. Rien n’indique que les conditions actuelles resteront alignées aussi longtemps.

