John Giannandrea rendra son badge d’Apple Park cette semaine, pile pour la date de vesting du 15 avril. Huit ans après avoir quitté Google pour piloter l’intelligence artificielle chez Apple, l’homme s’en va sur la pointe des pieds, dans ce que la Silicon Valley appelle avec un flegme tout californien le « rest and vest ». Traduction pour les non-initiés, rester sur le payroll sans rien faire en attendant que ses stock options arrivent à maturité.
L’ancien patron de l’IA d’Apple était déjà en sursis depuis décembre 2025, date à laquelle Cupertino avait annoncé sa rétrogradation au rang de conseiller. Le mot « conseiller » est d’ailleurs généreux. Personne ne sait vraiment combien de conseils il a prodigués depuis, ni si quiconque les a sollicités.
Tim Cook l’avait pourtant accueilli avec les honneurs en 2018, vantant sa vision. « Notre technologie doit être imprégnée des valeurs qui nous sont chères », déclarait alors le CEO d’Apple. « John partage notre engagement pour la vie privée et notre approche réfléchie pour rendre les ordinateurs encore plus intelligents et personnels. » Belle promesse. Sauf que la réalité d’Apple Intelligence, dévoilée des années plus tard, n’a visiblement pas été à la hauteur des ambitions affichées.
Le désamour avait commencé depuis un bon moment déjà. Giannandrea s’était vu retirer la responsabilité de Siri en mars 2025, après que Cook aurait tout bonnement « perdu confiance » dans sa capacité à livrer un produit à la hauteur. Siri est alors passé entre les mains de Mike Rockwell (l’homme derrière le Vision Pro), et le reste de ses responsabilités a été démantelé puis redistribué entre Craig Federighi, Eddy Cue et Sabih Khan, le COO.
Apple a dans la foulée recruté Amar Subramanya comme vice-président de l’IA, un profil qui sent fortement le recyclage Google avec ses 16 ans passés à Mountain View (et un bref détour de cinq mois chez Microsoft). Subramanya rapporte désormais directement à Federighi, qui concentre entre ses mains une part considérable du futur logiciel d’Apple.
Giannandrea prévoit de rejoindre quelques conseils d’administration et de s’investir dans l’écosystème startup, selon la newsletter Power On de Mark Gurman. Un classique pour les anciens cadres de la tech en quête de deuxième acte… ou de décompression.
La question qui plane reste celle d’Apple Intelligence elle-même. L’entreprise a récemment signé un accord avec Google pour intégrer les modèles Gemini à ses futures fonctionnalités IA, un aveu à peine voilé que la stratégie maison n’a pas suffi. iOS 27 et ses nouvelles capacités Siri seront dévoilés à la WWDC dans deux mois, sous la houlette de Federighi. Ce sera le premier vrai test post-Giannandrea, et peut-être la réponse à une question que tout le monde se pose. Fallait-il un homme de Google pour bâtir l’IA d’Apple, ou fallait-il justement éviter d’en prendre un ?

