Alphabet vient de frapper un grand coup. La maison mère de Google s’est engagée à investir jusqu’à 40 milliards de dollars dans Anthropic, la startup derrière les modèles Claude, confirmant une escalade financière sans précédent dans le secteur de l’intelligence artificielle.
L’opération se décompose en deux volets bien distincts. Dix milliards de dollars sont déjà engagés en cash, sur la base d’une valorisation de 350 milliards de dollars. Les 30 milliards restants seront débloqués si Anthropic atteint des objectifs de performance définis contractuellement, selon les déclarations de la startup ce vendredi.
Amazon avait pourtant dégainé quelques jours plus tôt avec un engagement pouvant aller jusqu’à 25 milliards de dollars. Anthropic collectionne donc les chèques des deux géants du cloud… tout en restant leur concurrent frontal sur les modèles d’IA. Une position d’équilibriste que peu d’entreprises peuvent se permettre, et qui traduit la valeur stratégique désormais attribuée à l’infrastructure d’entraînement.
Le rythme de croissance d’Anthropic donne le vertige. Le chiffre d’affaires annualisé a dépassé 30 milliards de dollars en avril, contre environ 9 milliards fin 2025. Cette trajectoire, tirée notamment par Claude Code (un outil devenu très populaire auprès des développeurs), explique pourquoi certains fonds de capital-risque proposent déjà des valorisations approchant les 800 milliards de dollars, selon Bloomberg.
La quête de puissance de calcul est devenue le nerf de cette guerre. Anthropic a multiplié les accords d’infrastructure ces dernières semaines, signant avec CoreWeave pour de la capacité en centres de données et avec Broadcom pour l’accès à 3,5 gigawatts de puissance basée sur les TPU de Google à partir de 2027. Le nouvel investissement élargit encore ce dispositif, Google Cloud fournissant désormais 5 gigawatts supplémentaires sur cinq ans, avec possibilité d’extension.
La dépendance mutuelle entre les deux entreprises est bien réelle. Anthropic s’appuie fortement sur les puces TPU de Google, considérées parmi les meilleures alternatives aux processeurs Nvidia. Google, de son côté, sécurise un client gigantesque pour son activité cloud tout en gardant un pied dans le camp d’un rival dont les modèles rivalisent avec Gemini.
L’annonce survient par ailleurs alors qu’Anthropic a dévoilé Mythos, son modèle le plus puissant à ce jour, auprès d’un groupe restreint de partenaires. Le modèle, doté d’applications avancées en cybersécurité, reste volontairement sous accès limité en raison de risques potentiels de détournement, bien qu’il ait déjà fuité entre des mains non autorisées.
Une introduction en Bourse dès octobre serait en tout cas à l’étude. Avec 30 milliards levés en février, 40 milliards promis par Google et un projet de 50 milliards pour construire des centres de données aux États-Unis, Anthropic n’est plus une startup qui cherche à survivre. C’est une machine à absorber du capital dont l’appétit, pour l’instant, semble n’avoir aucun plafond.

