La firme de trading propriétaire FundedNext, fondée en 2022 et domiciliée aux Émirats arabes unis sous l’égide de NEXT Ventures, occupe aujourd’hui une place singulière dans le paysage du prop trading. Elle promet des comptes qui peuvent grimper jusqu’à 4 millions de dollars, un partage de profits atteignant 95 % et des défis sans limite de temps. Le programme est séduisant, peut-être même un peu trop. Car derrière les chiffres que la firme affiche sur sa vitrine, des témoignages de traders suggèrent une mécanique bien plus rugueuse, où les terminaisons de comptes surviennent parfois à quelques pourcentages du but. Nous avons passé au crible le modèle économique, les règles, les retours d’utilisateurs et la réputation de FundedNext pour démêler ce qui relève de l’opportunité et ce qui tient de la promesse.
Modèle économique de FundedNext, entre défis Stellar et partage de profits jusqu’à 95 %
FundedNext fonctionne comme la plupart des prop firms, c’est-à-dire qu’elle facture un droit d’entrée unique pour accéder à un défi d’évaluation. Le trader doit alors prouver ses compétences sur un compte simulé avant d’obtenir un accès à un compte dit « financé ». Ce droit d’entrée, qui peut atteindre 1 000 euros pour un compte de 200 000 dollars, est théoriquement remboursable si le trader réussit le challenge, du moins selon les conditions du plan choisi.
Depuis le remaniement de son offre, la firme a abandonné les anciens modèles Evaluation et Express au profit d’une gamme baptisée « Stellar ». Quatre formules coexistent donc. Le Stellar 2-Step impose d’atteindre 8 % de profit en phase 1 puis 5 % en phase 2 avec une perte quotidienne maximale de 5 % et une perte globale plafonnée à 10 %. Le Stellar 1-Step raccourcit le parcours en une seule phase avec un objectif de 10 %, mais resserre les limites de risque à 3 % de perte journalière et 6 % de perte globale. Le Stellar Lite propose un cadre plus conservateur, et le Stellar Instant permet de sauter l’étape du challenge, ou plutôt de la contourner moyennant un partage de profits moins généreux.
Le partage des gains commence généralement à 80 % en faveur du trader sur les comptes Stellar qui passent par un challenge. Ce ratio peut monter à 90 % via le plan de montée en puissance que FundedNext appelle « Scale-Up », et même atteindre 95 % grâce à des add-ons payants. Sur le Stellar Instant, le plafond tombe à 80 %. La nuance est importante, surtout parce que le chiffre de 95 % suppose un cumul de conditions que tous les traders n’atteindront pas.
Comprendre la source de revenus. FundedNext encaisse les frais de challenge, y compris ceux des traders qui échouent et qui ne récupèrent pas leur mise. Ce modèle, que DayTrading.com qualifie avec une prudence toute britannique de discutable puisque « la firme gagne effectivement de l’argent grâce à des traders qui perdent de l’argent en tentant de participer », constitue le socle financier de l’entreprise, en tout cas sa source de revenus la plus prévisible.
Règles de drawdown, limites de marge et zones grises qui peuvent coûter un compte financé
Les règles de drawdown varient selon le type de compte et c’est là que les choses se compliquent. Sur le Stellar 2-Step, la perte quotidienne maximale est de 5 % et la perte totale de 10 %. Sur le 1-Step, ces seuils descendent respectivement à 3 % et 6 %. Le Stellar Lite se situe entre les deux avec 4 % en journalier et 8 % en global. Le Stellar Instant utilise une méthode de trailing pour calculer la perte maximale de 6 %, sans limite de perte quotidienne.
Ces pourcentages paraissent limpides sur le papier. La complexité surgit dans les détails d’implémentation, surtout concernant le calcul des marges par actif. Un trader qui a relaté son expérience sur Forex Peace Army a découvert, après 106 trades exécutés avec rigueur, qu’un seul lot de Bitcoin représentait dans le système de FundedNext environ 35 % de la limite de marge de 70 %. Cette pondération, que rien ne signalait de manière évidente dans l’interface, a déclenché une violation technique même après correction immédiate de la position par le trader lui-même.
Le problème réside dans l’absence de garde-fous automatiques. Aucun blocage de symbole, aucun avertissement préalable ne semble intervenir lorsqu’un trader approche ou dépasse ces seuils. La sanction tombe après coup, sous forme de terminaison de compte. L’asymétrie est alors saisissante puisque le système ne prévient pas mais punit.
FundedNext se présente comme un service de simulation et d’éducation, pas comme un courtier régulé. Cette distinction juridique lui confère une latitude considérable dans l’application de ses propres règles. Les traders opèrent dans un cadre contractuel où la firme est à la fois juge et partie, du moins tant qu’aucun régulateur financier ne supervise ses activités.
Témoignages d’exclusion brutale, comptes clôturés à l’approche des objectifs de 10 %
Le témoignage le plus détaillé que nous ayons relevé provient d’un trader qui avait investi plus de 15 000 euros en frais de challenges cumulés auprès de FundedNext. Sur son compte identifié sous le numéro 14002820, il avait atteint un profit de 7 % sur un challenge de 200 000 dollars et se trouvait donc à seulement 3 % de l’objectif requis de 10 % pour obtenir le financement. Son compte a été terminé sans préavis.
La raison invoquée tenait à deux trades sur Bitcoin, sur 106 exécutions au total, qui avaient brièvement dépassé le seuil de marge. Le trader affirme avoir corrigé la position dès qu’il a pris conscience du problème. « Au lieu d’un blocage automatique sur le symbole ou d’un avertissement équitable pour une anomalie de 2 trades que j’ai moi-même corrigée, FundedNext a attendu que je sois à 7 % de profit puis a instantanément résilié mon compte sans avertissement », écrit-il. Son analyse est tranchante et il qualifie le procédé de « scam calculé pour éviter de confier du capital à des traders qui réussissent ».
Rester prudent sur un témoignage isolé. Un seul avis, même circonstancié, ne suffit pas à établir un schéma systémique. Le trader a d’ailleurs engagé une procédure de chargeback bancaire contre l’entité Incenteco Trading LTD, le processeur de paiements de FundedNext basé à Chypre. Il a également annoncé une campagne publique via un réseau d’influenceurs spécialisés en prop trading.
Ce qui interpelle, c’est la mécanique décrite. La terminaison intervient précisément quand le trader devient rentable et s’approche du seuil de financement, c’est-à-dire au moment exact où la firme devrait commencer à partager des profits plutôt qu’à encaisser des frais. La coïncidence mériterait d’être documentée sur un échantillon plus large, en tout cas elle pose la question de la sincérité du modèle.
Capital jusqu’à 4 millions de dollars, opportunité réelle ou promesse marketing ?
FundedNext annonce des comptes de départ allant jusqu’à 300 000 dollars, un montant qui a été relevé depuis les anciens plafonds de 200 000 dollars. Le plan de Scale-Up permet théoriquement d’atteindre 4 millions de dollars de capital sous gestion. Ce chiffre dépasse ce que proposent la majorité des prop firms que nous avons observées.
Le parcours pour y parvenir suppose un enchaînement de performances régulières, le respect scrupuleux de toutes les règles de drawdown et de marge, et une progression par paliers successifs. Chaque étape ajoute une couche de conditions. L’accès aux plateformes MT4, MT5, cTrader et Match-Trader offre une flexibilité technique appréciable, et la possibilité d’utiliser des Expert Advisors pour le trading automatisé constitue un avantage pour les traders qui fonctionnent avec des algorithmes.
La firme propose aussi une application mobile pour iOS et Android, ce qui n’est pas si courant dans le secteur du prop trading. Les ressources éducatives restent orientées vers la recherche et l’analyse de marché plutôt que vers la formation à proprement parler. Les actifs disponibles comprennent le forex, les indices et les matières premières, même si la liste peut varier selon la plateforme et le serveur utilisés.
Mesurer l’écart entre la promesse et la réalité reste difficile sans données publiques sur le nombre de traders qui atteignent effectivement les 4 millions, ou plutôt le nombre de traders qui dépassent ne serait-ce que la première phase de financement. FundedNext ne communique pas ces statistiques. Les chiffres d’entrée sont spectaculaires, mais l’absence de transparence sur les taux de réussite laisse planer un doute que les témoignages négatifs ne font qu’épaissir.
Réglementation, réputation et frais non remboursés, que vaut vraiment la firme ?
FundedNext se définit comme un service d’éducation et de simulation, pas comme un courtier ou une institution financière. Elle n’est donc soumise à aucune autorité de régulation financière. Son siège se trouve à Ajman, dans la zone franche des Émirats, au AI Robotics HUB, C1 Building, AFZ. Cette localisation n’offre aucune des protections qu’un trader européen pourrait attendre d’un prestataire de services financiers, si ce n’est les recours contractuels de droit commun.
Le score Trustpilot de la firme dépasse 4,5 sur 5 avec des dizaines de milliers d’avis. Ce chiffre est remarquablement élevé. Le service client est joignable 24h/24 et 7j/7 par e-mail, LiveChat, formulaire en ligne, Facebook Messenger et via plusieurs réseaux sociaux. Aucun numéro de téléphone n’est disponible, ce qui reste un point faible pour les situations qui nécessitent une résolution rapide.
La question des frais non remboursés mérite qu’on s’y arrête. Si un trader échoue au challenge, il perd son droit d’entrée. FundedNext propose des « free retakes » sous certaines conditions, notamment des reprises de cycle de trading, mais des limitations s’appliquent sur certaines combinaisons de taille de compte. Le remboursement du fee initial n’intervient qu’après l’obtention du compte financé, et les conditions exactes varient selon le plan. Un trader qui dépense 15 000 euros en challenges successifs sans jamais passer, ou dont le compte est terminé pour violation technique, ne récupère rien.
La firme occupe une position paradoxale. Sa note Trustpilot suggère une satisfaction largement majoritaire. Les témoignages de terminaisons brutales, même s’ils restent minoritaires, décrivent un système où les règles les plus obscures se déclenchent précisément quand le trader s’apprête à devenir coûteux pour la firme. Entre les deux, chaque trader devra décider s’il accepte de jouer selon des règles dont certaines ne se révèlent qu’au moment de la sanction, du moins tant que FundedNext ne rendra pas son système de marge parfaitement lisible avant l’ouverture de chaque position.
Les différentes offres de FundedNext
Voici un récapitulatif des formules actuellement disponibles chez FundedNext. Ces modèles s’adaptent aux différents profils de traders en fonction de leur tolérance au risque et de leur budget :
| Modèle d’offre | Nombre d’étapes | Objectif de profit | Perte quotidienne max | Perte globale max | Jours de trading min | Partage des gains (Profit Split) | Avantages particuliers |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Stellar 2-Step | 2 phases | Phase 1 : 8% Phase 2 : 5% |
5% (sur le solde) | 10% (sur le solde) | 5 jours par phase | Jusqu’à 95% | Pas de limite de temps. Bonus de 15% sur la phase d’évaluation versé au premier retrait. |
| Stellar 1-Step | 1 phase | 10% | 3% (sur le solde) | 6% (sur le solde) | 2 jours | Jusqu’à 95% | Pas de limite de temps. Processus de validation plus rapide. |
| Stellar Lite | 2 phases | Phase 1 : 8% Phase 2 : 4% |
4% (sur le solde) | 8% (sur le solde) | 5 jours par phase | Jusqu’à 95% | Frais d’inscription réduits. Pas de partage de profit sur l’évaluation. |
| Stellar Instant | 0 (Accès direct) | Aucun (Retrait possible dès 5% de gains) | Aucune limite quotidienne | Jusqu’à 10% (selon le niveau) | Aucun minimum | 70% à 80% (extensible) | Pas d’évaluation préalable. Financement immédiat sur compte simulé en direct. Frais d’accès plus élevés. |
Remarque : Les anciens modèles « Evaluation » et « Express » ne sont plus proposés aux nouveaux clients.

