Les apparences peuvent tromper. Derrière l’activité frénétique de la communauté Pi Network et la rhétorique rassurante de son équipe dirigeante, les signaux d’alerte s’accumulent. Le projet, qui se veut une alternative accessible au Bitcoin, peine toujours à convaincre sur les points les plus élémentaires : la transparence, l’utilité et la viabilité économique.
En 2025, le Pi Coin reste empêtré dans un entre-deux technique et stratégique. Officiellement, le réseau principal ouvert n’a toujours pas été lancé. L’accès reste limité à un “Enclosed Mainnet”, un espace fermé, sans échange libre du token sur les marchés. Conséquence directe : aucune vraie liquidité, une découverte de prix artificielle, et une confiance qui s’effrite. Même les mécanismes de migration, censés permettre aux utilisateurs de transférer leurs jetons vers la blockchain principale, restent freinés par un processus KYC extrêmement lent. Des millions de comptes sont bloqués dans l’attente, incapables de faire quoi que ce soit de leurs cryptoactifs.
Côté valeur, le Pi Coin affiche une chute brutale : -90 % depuis son sommet, et un prix qui oscille autour de 0,33 $. Pire, la pression vendeuse ne fait que commencer. Car si le mainnet finit par s’ouvrir, des millions de jetons accumulés par les premiers “mineurs” pourraient se déverser d’un coup sur le marché. Une dilution massive, difficile à contenir. Le simple volume de tokens attendus en circulation d’ici un an dépasse 1,2 milliard. Dans un marché déjà apathique, cela pourrait suffire à enterrer toute tentative de rebond.
Même les outils internes censés stabiliser l’écosystème posent question. Les fameuses “Lockups”, ces blocages volontaires de jetons contre un bonus de minage, créent une illusion d’engagement. Les utilisateurs sont encouragés à verrouiller jusqu’à 200 % de leurs avoirs migrés, sans pouvoir revenir en arrière. Un choix irréversible, présenté comme une option libre, mais qui ressemble davantage à une manœuvre pour contenir artificiellement l’offre disponible.
Sur le plan de l’utilité, les promesses ne tiennent pas. Les applications décentralisées dans l’écosystème Pi sont rares, peu fonctionnelles ou tout simplement désertées. L’ambition affichée d’un réseau axé sur le commerce local et les services numériques peine à se traduire concrètement. Les Hackathons ne suffisent pas à créer un usage crédible, et malgré quelques efforts pour renforcer la sécurité (comme l’introduction des passkeys ou l’intégration d’un système de double authentification), le problème de base demeure : à quoi sert réellement le Pi Coin aujourd’hui ?
C’est là que les doutes sur la gouvernance prennent tout leur sens. Le projet reste contrôlé par un petit groupe, le “Pi Core Team”, dont les décisions manquent de clarté. La révélation d’un portefeuille de la Fondation détenant à lui seul plus de 90 milliards de tokens n’a rien arrangé. Le spectre d’une manipulation interne pèse lourd. Sans décentralisation réelle, la promesse du blockchain accessible se vide de son sens.
Et que dire des antécédents en matière de fraudes liées à l’image de Pi Network en Chine. Des applications tiers ont profité de la notoriété du projet pour collecter données personnelles et argent, particulièrement chez les personnes âgées. Rien que cela devrait inciter à une extrême prudence.
Certains espèrent encore qu’un événement, comme une cotation sur une grande plateforme d’échange, relancera l’intérêt. Quelques irréductibles s’improvisant analystes évoquent des figures techniques sur les graphiques, des scénarios de rebond. Peut-être. À condition de croire à un catalyseur qui, pour l’instant, n’existe tout simplement pas.
En l’état, Pi Network conserve un market cap dépassant les 3 milliards de dollars, mais ce chiffre impressionne davantage par son décalage que par sa justesse. Un actif aussi concentré, aussi peu liquide et aussi peu transparent ne peut prétendre à une valorisation durable. Tant que le projet n’aura pas prouvé son utilité réelle, ouvert son mainnet, et démontré une gouvernance digne de ce nom, il restera coincé dans une zone grise, entre espoir communautaire et impasse technique.
Les investisseurs feraient bien d’y réfléchir à deux fois.

