Le juge fédéral Colm Connolly a rendu le 3 septembre 2026 une décision de 31 pages qui s’appuie sur ce qui restera comme l’un des plus beaux but contre son camp de l’histoire du droit des marques. X Corp conserve le nom Twitter mais perd le mot tweet et le célèbre logo oiseau bleu pour abandon.
La pièce à conviction la plus accablante contre Elon Musk n’est ni un contrat, ni un email, ni une déposition sous serment mais un post. Le sien. Publié le 22 juillet 2023 sur la plateforme qu’il venait d’acheter pour 44 milliards de dollars, où il invitait le monde entier à « dire adieu à la marque Twitter et, progressivement, à tous les oiseaux ». Le lendemain, des ouvriers démontaient au chalumeau le logo ornithologique du siège de San Francisco, et Musk filmait la scène avec la jubilation d’un pyromane devant son œuvre. Le tribunal du District of Delaware a jugé que ces publications constituaient la preuve d’un abandon volontaire de la marque figurative et du terme « tweet ».
Operation Bluebird, la startup qui a eu le flair de déposer des marques autour de l’oiseau et du gazouillis, a baptisé son application Tweet.app dans la foulée du jugement et enregistré 172 000 demandes de pseudo à 20 dollars pièce en quelques jours (soit un joli pécule de lancement pour une entreprise née de l’hubris d’un autre). Le ruling accorde en revanche à X Corp une injonction préliminaire protégeant huit marques formées sur le radical « Twitter », au motif que la fiche App Store affiche toujours « Bienvenue sur X, anciennement Twitter ».
Les avocats de X ont tenté de prouver un usage continu du logo et du terme « tweet » via une application legacy revendiquant 200 000 utilisateurs, mais le tribunal a balayé l’argument faute de la moindre preuve chiffrée. Un témoin nommé Baseer, appelé par X Corp, a notamment déclaré sous serment « Je ne sais pas ce qu’est une mise à jour push », ce qui donne une idée assez nette du niveau de préparation de la défense. Un email d’un fournisseur daté d’octobre 2025 a été écarté car l’expéditeur restait non identifié. Les douze pages web encore estampillées de l’oiseau bleu sur le site de X ont été qualifiées de « vestiges d’un usage antérieur » par le juge Connolly, donc sans valeur probante.
James Coates, l’avocat de Bluebird, a résumé la situation avec l’élégance d’un épitaphiste : « Ils ont gardé le mot. Ils ont abandonné l’oiseau, et ils ont abandonné le tweet. » La caution imposée à Operation Bluebird s’élève à 500 000 dollars, et le procès au fond est programmé pour novembre 2027. La décision n’est donc pas définitive et X Corp peut encore espérer récupérer ses plumes devant un jury.
Elon Musk a dépensé 44 milliards pour acheter l’oiseau bleu, l’a immolé en place publique par pur caprice esthétique, et regarde aujourd’hui une startup inconnue s’envoler avec. Le droit des marques appelle ça un abandon. Le monde des affaires appelle ça un hold-up parfait.

